RÉMINISCENCE APOCRYPHE

Réminiscence apocryphe

RÉMINISCENCE APOCRYPHE

Les souvenirs hantent le paysage. Les symboles marquent un passage.
 

Une errance photographique sur les lieux sacrés et la foi catholique au Québec par Annie-Ève Dumontier, Étienne Dionne et  Gil Nault, accompagnée de la pièce ‘Communion’ de Pierre Henry.

Réminiscence apocryphe

Autrefois étiquette identitaire, l’Église catholique (romaine) est fortement ancrée dans le patrimoine culturel québécois. À preuve, les paroisses qui composent le décor de la province portent les noms de saints, pour la plupart. Ne dit-on pas aussi de Montréal qu’elle est la « ville aux cent clochers »… Pourtant, on observe depuis la fin des années cinquante une importante diminution du nombre de fidèles à la messe du dimanche.

Perte d’influence des autorités religieuses. Désacralisation de notre société. Clergé et fidèles vieillissants. Rupture du lien particulier qu’entretenait la culture québécoise avec le catholicisme institutionnel.

On se dit de plus en plus musulmans, hindouistes, athées ou bouddhistes. On se dit aussi « catholique par défaut » (non pratiquant), une sorte de caractéristique de notre identité collective. Cependant, cet attachement au passé qui traduit le désir de faire partie d’une communauté s’érode. Un malaise persiste.

Réminiscence apocryphe

Issue d’un intérêt partagé pour le patrimoine religieux du Québec et d’une fascination pour le ton des images qui composent son imaginaire, la collaboration entre Annie-Ève Dumontier, Étienne Dionne et Gil Nault remonte à novembre 2008, première édition de leur exposition de photographies « Sacrement, la grâce sacramentelle de la pénitence« . À travers une réappropriation des codes religieux, ils questionnent l’authenticité du sacré, son spectacle et les moyens de sa mise en scène.

Ils proposent ici une errance photographique ayant comme point de départ les espaces sacrés où se pratique et se renforce collectivement la foi catholique. En revisitant l’esthétique visuelle propre au catholicisme, leurs images renvoient à un passé pas si lointain de notre histoire, mais qui nous semble pourtant d’une autre époque à la lecture des textes du petit catéchisme. Un parcours fantomatique qui nous amène à nous demander si ce sont les églises désertes qui nous hantent ou si c’est nous qui hantons le paysage.

 
 

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ENTREVUE SUR LE BLOG ONF

Réminiscence apocryphe : l’art sacré revisité

Publié le 3 novembre 2010 par Catherine Perreault.

S’insérant dans la foulée des nouveaux projets interactifs d’ONF.ca, Réminiscence apocryphe est une errance photographique sur les lieux sacrés et la foi catholique au Québec. Le trio d’artistes visuels formé d’Annie-Ève Dumontier, Gil Nault et Étienne Dionne a parcouru la province et saisi sur pellicule des objets et des sites qui frappent l’imaginaire, ravivent de vieux souvenirs du temps de nos parents et hantent le paysage.

 

Genèse d’un essai-photo

Issus du milieu de la musique metal, Nault et Dionne sont des habitués des symboles et du vocabulaire sacrés. L’art religieux les fascine depuis longtemps. Ils font d’ailleurs partie de la génération n’ayant pas reçu une éducation catholique à l’école, ayant plutôt suivi des cours de morale. Ils portent donc un regard extérieur sur l’Église et le « spectacle » qu’elle nous offre.

Membre féminine du trio, la photographe Annie-Ève Dumontier partage elle aussi cet attrait particulier pour les objets mythiques, qui racontent une histoire, et pour les paysages presque hantés.

Ensembles, ils ont d’abord créé un fanzine, soit un livre-photo constitué de textes et de paroles de musique religieuse. Vous pouvez consulter les deux premières éditions sur leur blogue à l’adresse : Liturgieapocryphe.com (vous êtes dessus).

En 2008, il y a aussi eu une exposition à la Galerie Morgan Bridge à Québec, intitulée Sacrement, la grâce sacramentelle de la pénitence. Les médias se sont mis à parler du projet et l’émission Mange ta ville à ARTV a tourné ce reportage avec les trois artistes.

Il s’adonne que Gil Nault est aussi mon collègue. Il travaille à titre de designer Web pour ONF.ca. Son projet n’a pas échappé à l’équipe des productions interactives de l’ONF. Après avoir vu le deuxième fanzine, celle-ci a rapidement proposé aux trois artistes de transformer leur projet en un parcours interactif pour le Web.

Pour en savoir plus, j’ai rencontré Gil afin qu’il nous explique son travail et sa vision.

Catherine Perreault : D’où vient cet intérêt des objets et des lieux sacrés?
Gil Nault : Je réponds sensiblement la même chose à chaque fois qu’on me pose cette question. Mon attrait est probablement dû au ton général et à la façon dont ces lieux et ces objets sacrés sont présentés. Je suis attiré par leur « mise en scène », si l’on veut. Rien n’est laissé au hasard dans la célébration de la foi et c’est ce souci du détail qui m’a d’abord interpellé.

En observant l’imaginaire pictural catholique de la province, je me suis aperçu que les images étaient généralement maussades et austères… Elles sont empreintes de douleur et de tristesse. C’est sans doute pour rappeler l’idée du sacrifice, du don de soi. Il y a certainement une grande beauté aussi dans tout ça. Tout a été fait dans l’esprit qui renvoie à l’idée qu’on appartient à quelque chose de plus grand que nous. Il y a une sorte de « majestuosité » dans l’œuvre et dans son intention. Je trouve que l’art religieux, les lieux sacrés et tout ce qui les entourent comporte une prétention intéressante. Ils suggèrent une lourde charge. Un peu comme le dit l’expression, c’est très «révélateur de la nature humaine»…

CP : Où avez-vous photographié toutes ces statues de personnages bibliques et ce cimetière qui semble abandonné?
GN : Un peu partout à travers la province. L’histoire que nous voulions raconter avant tout est celle représentée par les images d’« intérieurs » prises par Étienne (Dionne) chez un curé décédé il y a quelques années. L’accumulation (presque obsessive) des objets religieux, mêlés à un décor déjà très sombre, rendait ces lieux particulièrement intéressants. Il y avait là une sorte de surcharge de symboles, comme s’il voulait s’immerger complètement du « message » ou quelque chose comme ça.

CP : Est-ce que le projet a changé votre perception ou votre opinion sur la religion et l’Église catholique?
GN : Pas du tout. Les événements récents de l’actualité, comme la remise en question du droit à l’avortement, le nombre (ridiculement élevé) de cas de pédophilie chez le clergé ou l’homophobie assumée et tenace du Vatican, n’ont fait qu’appuyer et renforcir ma position personnelle.

En fait, le projet m’a davantage fait réfléchir à la perte du lien entre les membres d’une communauté (comme la disparition des rassemblements sur le parvis de l’église, par exemple), à la confrontation des valeurs culturelles et à l’intérêt (sélectif) que l’on porte ou non au patrimoine.

CP : Est-ce qu’on peut voir une critique de la religion à travers Réminiscence apocryphe?
GN : Le plus discrètement possible. L’idée est plutôt de reproduire « fidèlement » l’imaginaire religieux ou plutôt, l’impression qu’on en a. Notre projet n’a rien à voir avec l’ironie par contre. Je crois que c’est important de le préciser.

CP : Qu’est-ce qui vous a donné le goût de transformer votre exposition-photo en un projet interactif pour le Web?
GN : Je pense que le Département des productions interactives de l’ONF a d’abord démontré son intérêt en voyant le livre-photo (JHS, Solstice Été MMX) qu’on préparait à ce moment-là. Ce dernier rassemble la majorité des photos qui cadrent avec notre exposition Sacrement, la grâce sacramentelle de la pénitence. Par la suite, on a légèrement modifié la succession des images pour l’adapter au propos qu’on voulait donner au projet Web.

Dans Réminiscence apocryphe, le point de départ se trouve dans les lieux publics où s’exerce la foi en collectivité. On erre progressivement ensuite vers des lieux plus intimes où l’on pratique la foi de façon personnelle. On retrouve les croyances et les rituels qu’on ramène chez soi et la manière qu’on « vit » la foi au quotidien, qu’on l’habite et qu’elle nous habite.

Soit ça ou Hugues Sweeney, le directeur des projets interatifs, qui est aussi un amateur de heavy metal, est tombé par hasard sur mon blogue …

CP : Comment devrions-nous parcourir et explorer Réminiscence apocryphe en tant qu’internaute?
GN : Montez le son et fermez les lumières. Soda mousse au besoin.

La ‘Crise d’octobre’ a 40 ans

‘Le 5 octobre 1970, la crise d’Octobre éclate’

 

Les événements d’octobre 1970
Robin Spry, Canada, 1974, 87 min 9 s

 

Documentaire retraçant les faits saillants qui ont marqué l’automne 1970, au Québec. La caméra suit les hommes et les événements dans l’énorme casse-tête politicosocial suscité par l’enlèvement de deux hommes. Le film ne va pas sans un important rappel historique des faits qui sous-tendent l’action entreprise par le Front de libération du Québec.

 

 

La liberté en colère
Jean-Daniel Lafond, Canada, 1994, 73 min 16 s

 

Documentaire sur quatre personnages, qui furent au début des années 70 les acteurs d’une période mouvementée d’affirmation nationale au Québec : Pierre Vallières, Charles Gagnon, Francis Simard et Robert Comeau. Regard sur leur engagement social et politique sur fond de séquences d’archives et de chansons de Plume Latraverse.

 

 

24 heures ou plus
Gilles Groulx, Canada, 1973, 113 min 13 s

 

Pamphlet cinématographique réalisé par Gilles Groulx à un moment de fièvre populaire exceptionnelle au Québec, dans le contexte de la Crise d’octobre 1970. Œuvre personnelle et militante d’un cinéaste québécois engagé, sa philosophie s’oppose à la « société de consommation » perçue comme la suprême incarnation du mal.

 

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Aussi :

Crise d’octobre, 40 ans déjà

Archives de Radio-Canada
 

Il y a 40 ans, le Québec traversait l’une des pires crises de son histoire. Pendant plusieurs semaines, la population a été tenue en haleine. Deux personnages publics ont été enlevés, une menace de coup d’État (réel ou supposé) planait dans l’air, l’armée canadienne s’est déployée au Québec et des centaines de personnes ont été arrêtées en vertu de la Loi sur les mesures de guerre.

La crise d’Octobre a changé à jamais la société québécoise, et ses séquelles se font sentir encore aujourd’hui.

Des émissions spéciales à la télévision et à la radio de Radio-Canada vous font revivre les événements d’Octobre 70 en y apportant un éclairage nouveau. Des témoignages chocs et de nouvelles révélations permettent de voir la crise sous un autre angle.

Tranquillement, pas vite (1972) de GUY L. CÔTÉ

Tranquillement, pas vite
Guy L. Coté, Canada, 1972, 148 min 11 s

 

Long métrage documentaire en deux parties sur l’évolution de la religion au début des années 1970, Tranquillement, pas vite (1re partie) – Que s’est-il donc passé? retrace la désagrégation et la mutation rapides de la religion catholique au Québec. Des paroissiens se réunissent et discutent de l’avenir de leur église, de sa chapelle et de ses services. Le manque de financement est au centre de la discussion, de même que la place accordée aux rassemblements communautaires payants, telles les parties de bingo, et le nombre croissant de prêtres se retrouvant sans emploi.

Tranquillement, pas vite (2e partie) – Communauté de base présente huit mois d’une expérience originale de reconstruction religieuse : celle de la communauté chrétienne de base, sise à Montréal.

 

Tranquillement, pas vite (1972) de Guy L. Côté

 

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Robert Mager: «l’État québécois n’a jamais été religieux» (June 23, 2010)

Robert Mager: «l’État québécois n’a jamais été religieux»

Modernité et religion au Québec. Où en sommes-nous ? (2010)

Modernité et religion au Québec.
Où en sommes-nous ?

Robert Mager, Serge Cantin

Presses de l’Université Laval
2010, 430 pages

 

Il s’agit ici de saisir l’évolution d’une société qui partage la trajectoire d’ensemble des autres sociétés occidentales, mais qui s’est distinguée par la rapidité et la profondeur des ruptures qu’elle a effectuées en regard de son passé, notamment religieux. Le Québec constitue une vitrine exceptionnelle pour observer les transformations qui affectent un grand nombre de sociétés occidentales, voire d’ailleurs, dans un monde qui se globalise. Il y a fort à parier que, dans un tel monde, ni la modernité ni la religion n’ont dit leur dernier mot. Et le Québec non plus.

 

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Professeur de la faculté de théologie et de sciences religieuse de l’université Laval, Robert Mager a publié en février (avec Serge Cantin) Modernité et religion au Québec. Où en sommes-nous? (PUL).

1) Considérons d’abord l’influence sociale et politique de la religion. Étant données la sécularisation de la culture et la laïcisation de l’État, le Québec est-il devenu une société quasi postreligieuse?

Permettez-moi deux remarques initiales. D’abord, qu’entend-on par «religion»? Ceux qui en parlent visent tantôt des croyances, tantôt des prescriptions morales, tantôt des organisations. La religion comporte encore bien d’autres aspects : des représentations du monde, des traditions, des pratiques rituelles, des utopies, des temps, lieux et objets sacrés, des héros, des théologies. En outre, non seulement «la religion» n’existe-t-elle qu’à travers des religions particulières, mais chacune d’entre elles réfère, en fait, à plusieurs réalités socioculturelles concrètes très différentes les unes des autres. Le terme «religion» renvoie ainsi à un ensemble de réalités complexes. Il faudrait faire les mêmes remarques concernant «le Québec», qui comprend à la fois un territoire, un État, une société, une culture, une histoire, etc.

Ensuite, quand on considère l’histoire humaine dans sa globalité et l’humanité actuelle en sa diversité, on constate que la religion est un fait massif, puissant, structurant la société et la culture. Quoi que l’on pense de ce phénomène (est-il indépassable ? doit-il au contraire être dépassé ? n’est-ce pas ce qui se produit en Occident ?), il faut d’abord en reconnaître l’ampleur et la portée d’ensemble. La religion n’est pas une simple affaire de croyances et d’affiliation personnelles, comme plusieurs tendent à l’imaginer. Elle ne l’a jamais été.

Ces remarques invitent à donner une réponse nuancée à votre question. En ce qui concerne une «laïcisation de l’État», je n’ai pas l’espace ici pour traiter de ce sujet sérieusement ; il faudrait d’abord indiquer que l’État québécois n’a jamais été religieux, ni inféodé au pouvoir religieux, quelle qu’ait été l’influence du clergé catholique pendant une certaine période.

Ceci dit, il est clair que quelque chose est derrière nous, à savoir l’encadrement social exercé par l’Église catholique et son influence sur les consciences qui ont été prédominants durant, grosso modo, une centaine d’années. En ce sens, une sécularisation de la culture et de la société s’est bel et bien produite. Définit-elle pour autant un Québec «postreligieux» ? Le phénomène religieux continue de se manifester de toutes sortes de manières, et à toutes sortes de niveaux. À certains égards, le Québec demeure profondément religieux ; à d’autres, il présente une inventivité religieuse empruntant des voies typiquement modernes (subjectives, individualistes, etc.).

 

2) Comment se démarque le Québec dans ses rapports à la religion? La société québécoise se distingue-t-elle de ce point de vue du reste du Canada?

Le cas québécois me paraît très particulier. Nous avons connu la prédominance d’une religion, le catholicisme, dans un continent plutôt caractérisé par le côtoiement pacifique de nombreuses  minorités religieuses. En cela, notre situation s’apparente davantage à celle de l’Irlande, de l’Espagne et de la Pologne qu’à celle des autres provinces canadiennes et des États-Unis. Nous sommes également une «société distincte» par le lien particulier, historique, qui s’est créé entre le catholicisme et la nation canadienne-française et ce, de deux manières correspondant à deux périodes : au moment de la fondation, alors qu’une visée mystique présidait à l’action de plusieurs fondateurs, et après la Rébellion de 1837-1838, alors que l’Église s’est retrouvée à  l’avant-plan de la lutte pour la « survivance ». Cette histoire spécifique a entremêlé le politique et le religieux chez nous, d’une manière différente de la situation générale dans le reste du Canada et aux États-Unis, où ces deux dimensions ont plus nettement séparées et où la perception de la religion est nettement plus positive.

 

3) Considérons la religion catholique en particulier, celle de la majorité. Une rupture fondamentale semble s’être opérée dans les années 1960. Est-ce le cas selon vous?

La rupture me semble indéniable. Tous les indicateurs vont en ce sens : laïcisation de nombreuses institutions (associations, syndicats, hôpitaux), baisse de la pratique rituelle, départ de nombreux clercs et religieux, procès culturel de la religion. Ce qui est plutôt débattu, ce sont le moment de cette rupture, ses différents aspects, leur portée et leur signification. Ces débats ne  sont ni innocents ni simplement scolaires : ils font partie intégrante d’un débat politique fondamental, qui concerne l’avenir du Québec.

Ce débat est à l’arrière-scène de toute relecture de la dynamique religieuse, et il le parasite largement. Tout se passe comme si l’émergence d’une auto-conscience proprement québécoise, en contraste avec l’identité canadienne-française qui existait jusqu’alors, procédait en partie d’une rupture avec l’idéologie de la survivance, dont l’attachement au catholicisme constituait l’un des fondements. Mais il y a d’autres facteurs à considérer : transformations socioéconomiques, explosion démographique, hausse du niveau d’éducation, etc. On peut parler d’une «modernisation» du Québec mais il s’agit là, ici encore, d’un phénomène complexe, irréductible à un seul facteur.

 

4) Alors comment se perpétue la tradition, l’héritage chrétien dans notre société?

Comme la religion travaille la culture et la société à plusieurs niveaux, il y a plusieurs phénomènes à considérer. Le plus déterminant à mon sens, mais aussi le plus invisible, est l’influence profonde et durable des structures de pensée chrétiennes sur la culture, pour le meilleur et pour le pire. Je pense ici à la conception linéaire de l’histoire et du progrès, à l’importance de la liberté individuelle et de la responsabilité personnelle, à la désacralisation de  la nature, au souci de la solidarité sociale, mais aussi à l’accent sur la faute, sur l’autorité et sur l’ordre, comme au sentiment que tout arrive «pour une raison». Ces éléments déterminent  profondément notre culture et notre société, comme partout en Occident, et la modernité s’inscrit dans leur sillage, quelles que soient par ailleurs les lignes de démarcation. La transmission des doctrines et des règles morales chrétiennes, plus liées à l’institution ecclésiale, souffre davantage du déclin de celle-ci, de la rupture des liens qu’elle entretenait avec le système d’éducation et de la désertion des lieux de culte.

 

5) Le religieux revient en force dans l’actualité mondiale, souvent de manière spectaculaire et négative, voire sur le plan local avec la question des accommodements raisonnables. Croyez-vous que cette tendance accentue la réaction antireligieuse au Québec?

Je suis très frappé par deux phénomènes. Il y a d’abord l’importance qu’ont acquise les médias de masse dans la dynamique de toutes les sociétés occidentales depuis un demi-siècle. Ce qu’on appelle «l’actualité», c’est ce dont traitent les médias. L’espace public lui-même tend à se confondre avec l’espace médiatique. La politique et la culture en général sont profondément transformées par cette nouvelle situation. Un événement comme la Fête nationale, par exemple, n’a plus guère de racines culturelles locales ni de réelle portée politique; il met simplement en scène l’industrie culturelle et l’industrie brassicole… Et comme l’actualité médiatique se nourrit au mieux d’événements, au pire de faits insolites ou spectaculaires, la vie religieuse s’y voit caricaturée au jour le jour, réduite à des autorités, des personnages et des déclarations, alors qu’elle se poursuit tranquillement, sur le terrain, en des formes beaucoup plus ordinaires, bien intégrées aux milieux locaux et à la vie quotidienne d’un nombre impressionnant de gens qui se déclarent encore catholiques ou d’une autre confession.

L’autre phénomène est spécifique au Québec : l’impasse politique actuelle maintient notre société dans une sorte de murmure antireligieux permanent, à plusieurs voix. Murmure, d’abord, contre un passé érigé en Grande noirceur, d’où ne proviendrait plus aucune lumière. Dénonciation, ensuite, de l’autoritarisme et des abus perpétrés par les prêtres et les religieux, amplifiée jusqu’à finir par caricaturer la vie religieuse et l’état clérical eux-mêmes comme des formes de vie perverses et maléfiques. Ridiculisation systématique, enfin, des croyances et des personnages religieux dans les médias, notamment ceux de l’élite socioculturelle.

Ce murmure antireligieux, qui éclate parfois en crises épisodiques, comme celle des accommodements raisonnables et celle du voile intégral, me paraît être immédiatement lié au malaise identitaire et à l’impasse politique, formant avec eux un complexe inextricable. Il humilie au jour le jour ceux et celles qui vivent leur religion avec sincérité et dévouement. Dans ses formes les plus déplaisantes, il déferle contre des boucs émissaires : les prêtres, les religieuses, les musulmanes voilées… comme on s’en prenait autrefois aux Juifs et aux sorcières, avec les tragédies que l’on sait. Non pas que la religion doive échapper à la critique. Mais la fureur contre un autre fantasmé et les appels au lynchage public ne règlent jamais les problèmes de fond, qui sont ailleurs.

 

6) Parlons pluralisme, finalement. La diversité religieuse, avec une forte prédominance chrétienne, caractérise le Québec depuis très longtemps. Le Québec est-il une société tolérante et ouverte?

Tolérance et ouverture : ces termes ont fait couler beaucoup d’encre récemment. Ils tendent à  devenir des symboles que l’on brandit pour une cause : le multiculturalisme, l’interculturalisme, la laïcité ouverte ou stricte…

Une fois encore, le nœud du problème me paraît être politique plutôt que religieux. Tolérance et ouverture, certes, mais pour quel projet de société? Dans quel cadre constitutionnel? Autour de quelles valeurs communes? À ce sujet, Fernand Dumont en appelait à «la libre confrontation et la libre discussion avec, comme horizon, des valeurs patiemment élucidées et farouchement respectées» (Raisons communes, p. 215). Ceci suppose un respect foncier de la diversité des points de vue et de véritables lieux de débat, qui ne soient pas grevés par les intérêts des partis et les chapelles idéologiques. Il est tentant de vouloir court-circuiter cette réflexion en brandissant ses propres convictions comme des évidences ou des conditions au débat. À cet égard, le Québec, si pacifique soit-il, n’est pas vacciné contre l’intolérance.

Je crois que les balises les plus essentielles de notre avenir politique, et notre projet de société lui-même, doivent faire l’objet de la meilleure discussion possible, ouverte à une pluralité de voix et de perspectives, y compris des points de vue religieux, pour autant que ceux-ci s’inscrivent dans une logique de contribution et non d’abord de revendication.

 

Stéphane Baillargeon
Le Devoir

‘The Last Sacrifice of Rite’ by AISLINN LEGGETT

Aislinn Leggett : The Last Sacrifice of Rite

Aislinn Leggett : The Last Sacrifice of Rite

Aislinn Leggett : The Last Sacrifice of Rite

Aislinn Leggett : The Last Sacrifice of Rite

Aislinn Leggett : The Last Sacrifice of Rite

AISLINN LEGGETT :

The Last Sacrifice of Rite is a work in progress, a study on the Catholic religion celebrated in rural communities. Villages in Quebec, those tucked away in valleys and winding roads throughout rural regions, are the areas that attract me the most.

Quebec was once a province where the Catholic Church was a very dominant institution in people’s daily lives. In smaller towns, priests were often as powerful as the local mayor. Archbishops of large cities were influential with the government and political decisions were mostly made in accordance with the Church’s beliefs. After the Quiet Revolution of the 1960’s, the institution that suffered the most was the Roman Catholic Church. Quebec’s social and moral values, which had all been anchored by the Church from the past, were questioned. Quebec became very secular.

When entering the church, the faces that look up from the pews are mostly older eyes framed by wrinkles and white glistening hair with the exception of some younger families that come every once and a while. There are no longer big families of 10 – 15 children lining the pews and important gatherings after mass are a thing of the past. The church and Sunday mass in small communities played a very important role, it was not only for the deeply devoted but was also a place for gathering and reunion. For women and men to gossip, to talk about the weather, about work and to simply take time and enjoy one another’s company. But today that sense of unity and gathering seems to be fading.

I have never experienced these days, I have only heard stories, nor have I ever seriously attended Catholic mass as a worshiper. My faith is somewhat of a constructed one following none but respectful of all. Being neither influenced nor offended, attending mass to observe and photograph is quite interesting. Watching mass, the process, the dance of the priest from bible to preaching and parishioners submissiveness of kneeling, standing and sitting unfolds almost like a rehearsed play. The people sit sporadically through the church, a building that can hold up to 1200 people, sits now maybe 50.

Priests try to keep their sermons contemporary, comparing Bible passages to recent news events, trying hard to keep up-to-date with lingo and the fast moving pace of today’s society to try to appeal to younger generations. But maybe they are a bit late with the attendance dwindling, at least for the younger people of the province, which see religion colliding with social morals and present ideals.

The Last Sacrifice of Rite is a study of what used to be a way of life, now transformed and how old values are trying to survive. It’s looking at people that are holding on to a deeply rooted tradition and priests that are determined to try and keep that ritual alive.

 

SOURCE