Benoît XVI, qui a été pape pendant 8 ans avant de démissionner, est mort samedi à l’âge de 95 ans. Il était considéré comme l’un des plus grands théologiens de son temps, un grand intellectuel. Mais aussi comme un homme intransigeant, qui ne voulait pas être pape et qui, pourtant, l’est devenu.

 

Élu pape en 2005, Benoît XVI a quitté ses fonctions en 2013. Il n’avait plus la force pour diriger l’Église, disait-il. Au cours de son pontificat, il a fait face à des crises majeures, notamment le silence des autorités ecclésiastiques quant aux abus sexuels commis par des prêtres sur des enfants pendant des décennies. Retour sur le parcours de cet homme de Dieu antiréformiste.

 
 

Enfance

 

Joseph Aloisius Ratzinger naît le 16 avril 1927 à Marktl am Inn, un village de la Basse-Bavière, dans le sud de l’Allemagne. La religion catholique est très présente dans la vie familiale. Il passe son adolescence dans la ville de Traunstein, où il devra, comme tous ses camarades de classe, s’enrôler dans les Jeunesses hitlériennes.

 

Jeunesse

 

En 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale, Joseph Ratzinger, 16 ans, est mobilisé au sein d’une unité de lutte antiaérienne. Il est ensuite affecté au Service national de travail obligatoire pour creuser des tranchées. En 1945, il sera brièvement interné dans un camp de prisonniers de guerre.

 

Entrée en religion

 

À la fin de la guerre, il étudie la théologie et la philosophie au séminaire de Freising et à l’Université de Munich avec son frère Georg. Les deux seront ordonnés prêtres en même temps, le 29 juin 1951. Joseph Ratzinger devient ensuite vicaire à la paroisse du Précieux-Sang, à Munich, en plus d’être chargé de cours au séminaire.

 

Après son doctorat en théologie, obtenu en 1953, il entame une brillante carrière d’enseignant qui le mènera dans plusieurs universités allemandes. Il a la réputation d’être un bon professeur et il est très aimé de ses étudiants. En 1969, il s’installe à Ratisbonne, où il enseignera jusqu’en 1977.

 

Le théologien

 

De 1962 à 1965, Joseph Ratzinger participe en tant qu’expert au Concile Vatican II, qui vise à moderniser l’Église. Face à la volonté de changement de certains religieux, qu’il perçoit comme excessive, il défend Rome et la tradition.

 

Le 25 mars 1977, Paul VI le nomme archevêque de Ratisbonne, la troisième des grandes villes d’Allemagne. Trois mois plus tard, il est promu cardinal. Comme plusieurs autres au sein de l’Église, le pape apprécie son conservatisme en cette période de turbulences.

 

Le gardien du dogme

 

Jean-Paul II, devenu pape en 1978, le nomme en 1981 préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. C’est à la tête de ce qui était auparavant l’Inquisition que le futur pape Benoît XVI se démarque, menant une lutte sans merci contre toute tentative de réforme au sein de l’Église ou de la société.

 

Rigide, intransigeant, rétrograde : ses adversaires ne manquent pas d’adjectifs pour le qualifier. Le cardinal s’oppose à tout ce qui s’écarte de la doctrine. Il condamne l’homosexualité et la contraception, en plus de rendre la vie dure aux théologiens de la libération et aux partisans de l’ordination des femmes.

 

Le souverain pontife

 

Le 19 avril 2005, après deux jours de conclave et quatre tours de scrutin, le cardinal Ratzinger est désigné pour succéder à Jean-Paul II, qui vient de mourir. Il a alors 78 ans, ce qui en fait l’un des papes les plus âgés à son accession au trône de saint Pierre.

 

Le cardinal Ratzinger choisit le nom de Benoît XVI, en souvenir de Benoît XV, dont il veut souligner l’action pour la paix pendant la Première Guerre mondiale, mais aussi du saint patron de l’Europe, Benoît de Nursie. Il déclare vouloir ainsi rappeler les racines chrétiennes de la culture et de la civilisation européennes.

 

Controverse sur les musulmans

 

Dans un discours à l’Université de Ratisbonne, le 12 septembre 2006, le pape cite un texte médiéval qui accuse l’islam de propager la violence. Dans la foulée de l’affaire des caricatures de Mahomet, survenue en 2005, ces propos enflamment le monde musulman. Le pape exprime ses regrets en précisant que ce texte ne reflète en aucune manière sa pensée.

 

Quelques semaines plus tard, lors d’un voyage en Turquie, son premier dans un pays musulman, il visite la mosquée Bleue, où il se recueille aux côtés du grand mufti d’Istanbul. Il est le second pape, après Jean-Paul II, à visiter un lieu de culte musulman et le premier à s’y recueillir.

 

Pédophilie au sein de l’Église

 

Le pontificat de Benoît XVI est marqué par les multiples scandales d’abus sexuels sur des enfants commis par des prêtres depuis des décennies et par les tentatives du Vatican pour s’en dissocier. Le pape est notamment mis en cause pour son rôle en tant que préfet, car il aurait écrit des lettres déclarant que ces affaires devaient être soumises au secret pontifical. Après un déluge de critiques, Benoît XVI demande pour la première fois pardon au nom de l’Église lors d’une messe place Saint-Pierre, en juin 2010.

 

« Nous demandons avec insistance pardon à Dieu et aux personnes impliquées, et nous entendons promettre de faire tout ce qui est possible pour que de tels abus ne puissent jamais plus survenir. »

— Benoît XVI

En février 2012, il demandera de nouveau pardon pour les violences sexuelles commises par des clercs qui étaient alors sous sa gouverne. Les groupes de victimes seront toutefois déçus par les tentatives du pape de se dissocier de ces événements, lui qui réitère n’avoir jamais couvert d’acte pédocriminel.

 

Premier tweet du pape

 

Le 12 décembre 2012, le pape publie son premier tweet sur son compte personnel @pontifex. Benoît XVI avait déjà publié un tweet sur le compte du site d’actualités du Vatican, le 28 juin 2011. Le Vatican annonce également la mise en ligne d’une application gratuite nommée The Pope, qui permettra d’observer ce qui se passe au Vatican grâce à des caméras web.

 

Démission

 

Le 28 février 2013, le pape quitte officiellement ses fonctions. Benoît XVI, 85 ans, avait donné sa démission deux semaines plus tôt, expliquant qu’il n’avait plus les forces de diriger l’Église catholique en raison de son âge. Sa démission, qui fait office d’exception dans l’histoire de l’Église, lui vaut désormais le titre de pape émérite.

 

« Après avoir examiné ma conscience devant Dieu à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne me permettent plus d’exercer adéquatement le ministère pétrinien. »

— Benoît XVI

En juin 2020, il va en Bavière pour rendre visite à son frère Georg, qui meurt peu de temps après. Une infection au visage le fragilise grandement en août de la même année.

 

Au cours de l’année 2022, l’ancien pape continue de recevoir des visiteurs, mais c’est un homme visiblement affaibli et frêle qui les accueille. Sur sa dernière vidéo publique, diffusée par le Vatican en août, on le voit muni d’un appareil auditif, ne pouvant plus parler, mais son regard est toujours vif.

 

Après des mois à se déplacer en fauteuil roulant et à montrer des signes de fragilité, Benoît XVI tombe gravement malade à la fin de l’année. Son successeur, le pape François, en fait l’annonce le 28 décembre. En trois jours, sa santé s’est dégradée, ce qui laisse présager une fin proche.

 
 

Radio-Canada