Harper introduit la foi chrétienne dans les programmes de l’ACDI

Tout en coupant les fonds de nombreux organismes de coopération internationale, Ottawa subventionne de plus en plus généreusement les ONG religieuses, surtout celles qui ont pour mission de répandre la foi.


C’est ce qui ressort d’une recherche menée par François Audet, directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire, dont les résultats doivent être publiés ce printemps dans la Revue canadienne d’études du développement.


Son équipe de chercheurs a passé au peigne fin les déclarations de revenus de 198 ONG canadiennes de coopération internationale qui se partageaient, en 2010, une enveloppe de 366 millions de l’ACDI (Agence canadienne de développement international).


Leur conclusion: entre 2005 et 2010, les subventions des ONG laïques ont augmenté de 5%, passant de 226 à 237 millions. Pendant la même période, l’enveloppe annuelle des ONG religieuses est passée de 90 à 129 millions, soit une hausse de 42%.


La part du lion de cette augmentation est allée à une douzaine d’ONG de l’Ouest canadien, qui ont reçu 50 millions en 2010, contre 29 millions cinq ans plus tôt – une hausse de 72%. Or, parallèlement à leur mission humanitaire, ces ONG se vouent ouvertement à l’évangélisation.


Des exemples? L’organisation humanitaire Africa Community Technical Services a reçu 655 000$ de l’ACDI en 2010, presque trois fois plus qu’en 2005. Sur son site web, cette ONG de Colombie-Britannique affirme mener son action «sous l’autorité des écritures», et chercher «à glorifier notre Seigneur Jésus».



«C’est très idéologique»


Le prosélytisme de Cause Canada est encore plus affirmé. «Nous prions pour que notre identification avec Jésus, notre souci de la justice et notre démonstration concrète de l’amour de Dieu […] attirent les gens vers le Christ», lit-on sur son site internet. Cette ONG albertaine a reçu 483 000$ de l’ACDI en 2010, une augmentation de 32% comparativement à 2005.


«Ces résultats indiquent que le niveau de financement accordé aux ONG religieuses en général, et celles exerçant des activités de prosélytisme en particulier, a considérablement augmenté sous le gouvernement conservateur», affirme François Audet, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, dans la présentation de son article.


Selon lui, les années Harper ont été marquées par une «confessionnalisation» des politiques canadiennes d’aide au développement. «Rien ne prouve que cette rupture va dans le sens de l’efficacité, c’est très idéologique. Peu à peu, on change la vocation de l’aide internationale», juge le chercheur.


Quand on lui demande de commenter l’étude, l’ACDI se contente de dire qu’elle «reçoit plus de propositions qu’elle ne peut en accepter», que les subventions sont octroyées au mérite, là où les «programmes sont les plus susceptibles de donner des résultats concrets.»



Pas de surprise


La recherche de François Audet n’a pas causé de grande surprise dans le réseau d’ONG de coopération internationale. «Ça confirme les tendances que nous voyons se dessiner depuis quelques années, sans pouvoir mettre de chiffres dessus», dit Chantal Havard, porte-parole du Conseil canadien pour la coopération internationale.


Gervais L’Heureux, directeur de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale, rappelle que de nombreux organismes, comme Alternatives ou le Centre international de solidarité ouvrière (CISO), perdent leur financement. «Pendant ce temps, on donne de l’argent à des ONG religieuses sans grande expérience en coopération internationale.»


Les conclusions de la recherche dirigée par François Audet «donnent des frissons dans le dos», proteste Michèle Asselin, coordonnatrice de CISO.


Cet organisme, fondé par des centrales syndicales, vient en aide, entre autres, aux travailleurs des maquiladoras mexicaines. Il y a deux ans, l’ACDI a refusé de renouveler le financement du projet, sous prétexte que le nord du Mexique est devenu «trop dangereux», relate Mme Asselin. Elle-même lit dans cette décision une volonté d’écarter du financement fédéral les organismes voués à la défense des droits et libertés.


Mais à l’autre bout du pays, Cause Canada, qui a vu sa subvention augmenter de façon substantielle en 2010, rejette l’analyse de François Audet. La directrice Beverley Carrick nie se livrer à du prosélytisme et affirme être simplement «motivée» par sa foi.



Incertitude généralisée


Grâce aux fonds de l’ACDI, l’organisme a financé un programme d’alphabétisation et de microcrédit pour femmes au Guatemala, au Honduras et en Sierra Leone. Mais ces fonds sont actuellement épuisés et comme d’autres ONG, Cause Canada ne sait pas ce qui l’attend, d’ici le prochain «appel de propositions» de l’ACDI.


Car au-delà du virage religieux constaté par François Audet, tout le réseau de coopération internationale vit à l’heure de l’incertitude. Dans son dernier budget, le gouvernement Harper a annoncé des coupes de 8% du budget de l’ACDI pour les trois prochaines années. L’ACDI a lancé son dernier appel général de propositions au printemps 2011. Parallèlement, elle encourage de plus en plus les partenariats avec le secteur privé. Tous ces changements créent beaucoup d’inquiétude parmi les ONG de coopération internationale, qu’elles soient religieuses ou pas.


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LES FAITS SAILLANTS DE L’ÉTUDE


Dans sa recherche, François Audet a épluché les déclarations de revenus de 198 ONG canadiennes de coopération internationale qui ont droit au statut d’organisme de charité et reçoivent des fonds de l’ACDI. Les constats:


Entre 2001 et 2005, sous un gouvernement libéral, l’ACDI s’est montrée plus généreuse envers les organismes laïcs, qui ont vu leur enveloppe budgétaire passer de 178 à 226 millions (une augmentation de 27%), tandis que les subventions versées aux organismes religieux ont baissé de 95 à 90 millions (une baisse de 4,6%).


La tendance s’est renversée après l’arrivée au pouvoir des conservateurs de Stephen Harper, alors que les fonds des organismes religieux ont explosé de 42%, pour atteindre 129 millions. La part du lion est allée aux organisations vouées au prosélytisme, qui ont vu leur budget augmenter de 72%.


– L’enveloppe budgétaire des organismes séculiers a connu une hausse de 5%.


– L’ACDI s’est montrée particulièrement généreuse envers des ONG religieuses basées à l’ouest de l’Ontario, qui ont reçu 46 millions en 2010, plus du double des 21 millions qu’elles avaient touchés en 2005.


– Pendant ce temps, toujours dans l’Ouest, les ONG laïques ont vu leur enveloppe budgétaire passer de près de 12 millions à 14,7 millions.


– Au Québec et dans l’Est du Canada, les subventions des ONG religieuses sont passées de 16,3 à 19,5 millions, une hausse de près de 20%. Tandis que les organismes laïcs, eux, ont bénéficié d’une hausse de 6%, passant de 60 à 64 millions.


L’équipe de chercheurs s’est basée sur la mission des organismes, telle que stipulée sur leur site web, pour faire la distinction entre leur nature laïque, religieuse ou prosélyte.



Agnès Gruda
La Presse

Une croix de 50 mètres sur la 20

Le maire Jean Tremblay de Saguenay vient de se trouver un nouvel allié dans sa Croisade pour la chrétienté. Après avoir vendu le fameux restaurant Madrid à Immostar, Richard Arel a acheté d’autres terrains deux kilomètres plus à l’ouest, sur l’autoroute 20. À coté de sa nouvelle halte routière, il plantera «la plus haute croix au monde» !


D’une hauteur de 50 mètres, elle sera plus imposante que celle du Mont Royal, à Montréal.


Pourquoi une telle installation ? «Parce que je suis fier des mes origines, je suis fier de mon passé, répond Richard Arel. Moi, je suis du côté du maire Tremblay, du maire [Yves] Lévesque de Trois-Rivières.» Ces deux élus veulent continuer de faire la prière au début du conseil de Ville, en violation d’une décision du Tribunal des droits de la personne.


La croix ne sera pas le seul élément «surdimensionné» du projet de l’ancien propriétaire du Madrid. Située à la sortie 200 de la 20, à la jonction avec la 55, son «Complexe Big Foot 200» sera «la plus grosse halte routière au Canada». Un projet de «12 à 14 millions de dollars», selon Richard Arel, qui a acheté des terrains de deux millions de pieds carrés en 2012 pour le réaliser.


Le stationnement qu’il compte aménager pour les camions remorques et les gros véhicules récréatifs comptera pas moins de 250 places. Les plus grand des trois bâtiments fera 20 000 pieds carrés. Richard Arel y aménagera trois restaurants de différents types, pouvant accueillir 250 personnes.


Le promoteur disposera 80 dinosaures autour des bâtiments, dont un brachiosaure de 15 mètres. Les gros camions «big foot» américains reprendront aussi du service, et une enseigne électronique sera installée à une hauteur de près de 30 mètres.


Sa station-service compterait une douzaine de pompes à essence. «On y vendra de l’essence, des souvenirs et des feux d’artifice», mentionne le communiqué de Richard Arel. Un autre bâtiment destiné aux camionneurs jouxtera six pompes à diesel à haut débit pour les camions. LIRE.



Hugo Joncas
Les affaires.com

Agressions sexuelles: un deuxième frère de Sainte-Croix sera arrêté

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a confirmé qu’un mandat d’arrestation avait été lancé contre un autre frère de Sainte-Croix soupçonné d’avoir commis des agressions sexuelles sur des élèves du Collège Notre-Dame entre 1966 et 1980. Il s’agit d’Olivain Leblanc, âgé de 70 ans.


Vendredi, le SPVM avait également confirmé l’arrestation éventuelle de Georges Sarrazin, âgé de 91 ans.


Les deux ex-enseignants devraient être interpellés au début du mois de janvier. Le SPVM invoque d’importants problèmes de santé pour justifier le report de leur arrestation. Cette décision a été prise à l’issue de discussions entre les enquêteurs et l’avocat des victimes.


Quatre victimes ont porté plainte dans ce dossier.


Les frères Leblanc et Sarrazin sont accusés de grossière indécence, d’attentat à la pudeur et de sodomie, des crimes qui étaient inscrits au Code criminel à l’époque où ils auraient été commis.


Les mandats d’arrestation ont été émis le 6 décembre.


Un recours collectif a déjà été intenté contre les frères de Sainte-Croix il y a quelques années. Le litige s’est soldé par une entente à l’amiable, conclue après la médiation du juge Yves Poirier.


En octobre 2011, la congrégation de Sainte-Croix s’est ainsi engagée à présenter des excuses et à verser 18 millions aux victimes du Collège Notre-Dame, ainsi que du Collège Saint-Césaire et de l’école Notre-Dame, à Pohénégamook, dans le Témiscouata.



La Presse canadienne
Le Devoir

Alléluia! Les églises se transforment

Plus personne ne s’étonne de voir des églises changer de confession ou se transformer en immeubles de condos de luxe en raison de la désertion des fidèles. Mais dans certains cas, on pousse l’audace un peu plus loin…


Jadis surnommée « la ville aux cent clochers », Montréal est aujourd’hui chef de file de la désertion des églises au Québec. Les quelques fidèles qui s’y recueillent encore ne suffisent plus à justifier l’entretien des édifices, et le clergé doit donc se défaire de plusieurs d’entre eux.


Loin d’être simple, la fermeture des lieux de culte est un casse-tête pour les évêques et autres membres influents du clergé, qui doivent redéfinir les paroisses et trouver des acquéreurs. Depuis 2003, 102 églises dans l’île de Montréal ont été converties ou démolies, selon une étude menée en 2009-2010 par la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain.


«Actuellement, nous en avons sept à vendre, et il y en a neuf où nous sommes en phase finale pour la signature du contrat», explique Louis-Philippe Des­rosiers, chargé de la vente des églises au diocèse de Montréal. «Lorsque le diocèse approuve une fermeture, le bâtiment est offert à une autre Église pour une période de six à neuf mois. S’il n’est pas vendu dans ce délai, il est offert aux organismes sans but lucratif pour une même période, et ensuite seulement à Monsieur et Madame Tout-le-monde.»


Montréal n’est pas un cas unique au Québec, mais le phénomène est accentué en raison de la multiethnicité de sa popu­lation. La majorité des ache­teurs appartiennent d’ailleurs à diverses confessions. Ainsi, certaines églises du diocèse de Mont­réal sont devenues des lieux de culte adventistes, évan­géli­ques, coréens ou pentecô­tistes. L’ancienne église catholique Sainte-Cunégonde, située dans l’arrondissement du Sud-Ouest, est louée depuis 2002 à une communauté catholique coréenne, alors que l’ancienne église Saint-François-Solano, dans l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie, a été acquise, en 2007, par l’Église adventiste du septième jour.


Les Églises protestantes – Églises unie, presbytérienne, anglicane – sont aussi touchées. En septembre 2010, par exemple, l’association sikhe Guru Nanak a acquis la petite église angli­cane All Saints, à Verdun. Le temple est ouvert en permanence, hommes et femmes peuvent venir y prier à toute heure, à condition de se couvrir la tête et de se déchausser à l’entrée. Les bancs ont été retirés – sauf un, réservé aux personnes âgées – et remplacés par des tapis. L’association sikhe a investi plus de 120 000 dollars pour adapter l’édifice à ses besoins. La croix sur le toit sera remplacée par un dôme dès que la municipalité aura accordé un permis à cette fin. Quelque 200 per­sonnes fréquentent chaque fin de semaine la gurdwara (maison du prophète).


Généralement vastes, abondamment fenêtrés, situés au cœur des quartiers et parfois même flanqués d’un station­nement, les lieux de culte présentent de nombreux avantages, notamment pour les organismes qui offrent des services à la popu­lation … LIRE.



Christine Bertrand
L’actualité



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Ne touchez pas à mon église! (2012) de BRUNO BOULIANNE (ici)
Vouloir sauver des églises sans se faire d’illusions (ici)

Les soldats de Jésus (2012) de ORLANDO ARRIAGADA

Les soldats de Jésus (2012) de ORLANDO ARRIAGADA

Les soldats de Jésus
Orlando Arriagada, Canada, 2012, 45 min


Après avoir fortement investi le reste du continent américain, la vague évangélique déferle finalement sur le Québec. Et son succès est aussi rapide que fulgurant. Le documentaire Les soldats de Jésus brosse un portrait global de l’implantation évangélique en sol québécois. Quelles sont les principales raisons du succès de ce mouvement religieux qui, de nos jours, connaît la croissance la plus rapide au monde? Quelles en sont les pratiques et la philosophie?