Est-ce la fin de l’Église catholique au Québec?

Quelle métaphore que cette façade exsangue du Patro Saint-Vincent de Paul ornant la couverture du livre Modernité et religion au Québec. Où en sommes-nous? (dirigé par Robert Mager et Serge Cantin), qui vient de paraître aux Presses de l’Université Laval. Après plus de 20 ans de batailles entre les ministres de la Culture, l’Hôtel de Ville de Québec et les promoteurs, la ruine est finalement tombée sous le pic des démolisseurs, le 20 février.


«C’est comme l’Église catholique», raillait un quidam, dans un reportage, avant la démolition. Il ne restait que la façade, laquelle, sous certains angles, semblait avoir fière allure. La crise autour des prêtres pédophiles, qui secoue l’Église, l’institution, actuellement, agira-t-elle comme cette boule de démolition montée sur une grue, qui terrassa la façade? Plusieurs le croient. Certains le souhaitent. D’autres en doutent.


Car des crises, l’Église en a connu d’autres, il faut dire, en 2000 ans. Et des graves, répondent les experts: Révolution française, conquête anglaise de 1763, Révolution tranquille… Même que la «disparition du catholicisme» est devenue un grand classique de la sociologie des religions. Un thème qui semble réapparaître, chaque décennie, un peu comme un «mal de dents», lance à la blague E. Martin Meunier, sociologue à l’Université d’Ottawa, à l’autre bout du fil.


Malgré tout, cette crise-là apparaît plus grave que jamais. Elle est «capitale» puisqu’elle bouleverse jusqu’à la tête de l’Église elle-même. «C’est très dur», admet Jean Fortier, vicaire général du diocèse de Montréal. «Disons que ce n’est pas de la bonne publicité. Je pense qu’il y a une attente plus grande envers les agissements de l’Église, des prêtres, parce qu’on prêche des valeurs d’amour. La contradiction est plus grande et ça choque les gens. Et je pense qu’ils ont raison, l’Église a une plus grande responsabilité.»



«Catholiques malgré nous»


De nombreuses statistiques montrent depuis longtemps le déclin de l’Église catholique. Entre 1957 et 2000, le taux de fidèles allant à la messe le dimanche est tombé de 88 % à 20 %. Chez les jeunes, le phénomène est plus accentué encore: parmi les 18 à 34 ans, en 2000, il y avait 5 % de pratiquants seulement. Pratiquement dans tous les diocèses, l’âge moyen des prêtres dépasse les 70 ans. Dans l’archidiocèse de Québec, de 1997 à 2010, le nombre de curés et d’équipes pastorales est passé de 166 à 73.


De 1970 à 2001, l’Église québécoise trouvait dans les statistiques du recensement un certain réconfort. La proportion de Québécois se disant catholiques demeurait stable. C’est ce qu’explore E.-Martin Meunier, Jean-François Laniel et Jean-Christophe Demers dans une grande étude de quelque 50 pages publiée dans Modernité et religion au Québec. Même chose pour les baptêmes, dont les taux ne s’effondrèrent pas. Dans ces trois décennies, il y a une sorte «de permanence d’un catholicisme culturel», dit Martin Meunier. On se sent catholique parfois par inertie, souvent par lien avec les générations passées. C’est un marqueur de l’identité.


C’est le sociologue Raymond Lemieux, rappelle Meunier, qui développa la théorie du «catholicisme culturel» québécois, en 1990. À l’époque, il n’était pas surpris de constater une certaine permanence des «rites intégrateurs». Nous avons été, comme l’a déjà écrit le collègue Guillaume Bourgault-Côté, «catholiques malgré nous». Ou, pour le dire comme la revue l’Inconvénient (dans son numéro de novembre 2007), «chrétiens malgré nous».


Parfois, ce n’est pas «malgré». Il y a quelques rares cas recensés de catholiques «culturels» intellectuels. Le cinéaste Bernard Émond, qui se définit comme un «athée de culture catholique». L’écrivain et collaborateur du Devoir Jean Larose s’est déjà qualifié de «mécréant attaché au catholicisme» et «qui en pratique les textes». Bref, «un non-croyant pratiquant».



Nouvelle rupture


Il y a toutefois du nouveau sous le soleil. Et ce n’est plus rassurant pour ceux qui tiennent à l’Église comme marqueur de l’identité. Depuis 2001, les statistiques indiquent une nouvelle «rupture». «Les jeunes ne suivent pas. L’entrée en scène d’une nouvelle génération, la « Y » — celle qui est née entre 1976 et 1990 —, semble changer la donne», indique Martin Meunier. De 2001 à 2006, le prorata total de baptêmes par naissance au Québec chute: on passe de 73,5 % à 59,9 %. Même chose pour le fameux «taux d’appartenance» à l’Église, qui s’était auparavant quasiment maintenu pour l’ensemble de cette population: il passe de 78,2 % à 69,1 %.


Le fameux «catholicisme culturel» — où on se dit catholique non pratiquant, ou utilisant les baptêmes et les funérailles — commence à s’étioler. Il serait en voie «d’exculturation» au Québec.


Il y a là d’abord un effet de génération, mais le caractère non catholique des «Y» n’est évidemment pas la seule cause. D’autres événements sont venus précipiter le phénomène de décrochage. Dans l’ère post-11-Septembre et du débat sur les accommodements raisonnables, le regard sur les religions a muté, note Martin Meunier. «Il y a quelque chose qui s’est brisé dans le rapport entre le religieux et plusieurs Québécois.» Alors qu’on tolérait auparavant de se présenter comme «catholique culturel», la religion a recommencé à apparaître pour ce qu’elle est: une religion, et non plus seulement comme une étiquette identitaire sans grand effet.



L’effet Ratzinger et Ouellet


Deux personnages sont alors venus renforcer ce sentiment: les cardinaux Marc Ouellet et Joseph Ratzinger. En deux ans, de 2003 à 2005, l’un a pris la tête de l’Église du Québec, l’autre est devenu souverain pontife. Dès l’élection du second, en 2005, Martin Meunier (dans L’Annuaire du Québec 2006, Fides) évoqua la possibilité que, compte tenu des positions du cardinal allemand, son pontificat annonce «un divorce entre la culture québécoise» et le catholicisme institutionnel.


Dans ses encycliques portant sur la charité, l’espérance et l’amour, le pape Benoît XVI a «peut-être déjoué ses détracteurs», puisqu’il s’est montré moins tranchant que prévu, note Meunier. Mais plusieurs événements, entre autres l’excommunication d’une jeune fille violée au Brésil (décision d’abord appuyée puis dénoncée par le Vatican), les propos du pape sur le sida et le préservatif en Afrique ainsi que la béatification de Pie XII, ont accrédité la thèse d’un retour à une ère pré-Vatican II.


Pendant ce temps, à Québec, le cardinal Ouellet a relayé et renforcé, par plusieurs décisions et prises de position, ce sentiment. Le choc fut d’autant plus brutal que l’Église du Québec avait surtout été façonnée depuis des décennies par des catholiques de gauche qui, comme l’a écrit Meunier, avaient «marché à plein dans le renouveau personnaliste et communautaire du catholicisme post-Seconde Guerre mondiale». C’est entre autres eux, les Mgr Parent et autres père Lévesque, qui firent la Révolution tranquille. Mais les positions du cardinal Ouellet sur la «laïcité ouverte» et l’instauration du cours d’éthique et culture religieuse ont été «perçues par plusieurs comme des positions montrant des signes sinon d’intransigeance, du moins de raidissement», note Meunier. De plus, le cardinal se prévaut d’un titre historique et grandement honorifique, celui de primat de l’Église canadienne, pour contourner des instances comme l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.


C’est dans ce contexte que le Québec reçoit le scandale des prêtres pédophiles. «Le moment actuel est désagréable, mais ce n’est pas la mort de l’institution», soutient toutefois Jean Fortier, bras droit du cardinal Turcotte. «Au Québec, on sait ce qui est arrivé avec la Révolution tranquille et la place que l’Église occupe depuis. Mais on n’a pas disparu et ce ne sera pas le cas non plus, même si la situation actuelle n’a rien pour redorer notre blason.» Martin Meunier ajoute: «Ce n’est pas tant la fin de l’Église au Québec que la fin du lien particulier que la culture québécoise avait continué d’entretenir avec le catholicisme.»



Antoine Robitaille
Avec la collaboration d’Alec Castonguay
Le Devoir



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Aussi à lire : Forte hausse des apostasies à Québec en 2009.


Tabou jadis, la procédure est carrément promue par certains aujourd’hui.


Québec — Le nombre de demandes d’apostasie — reniement de sa foi — a fortement augmenté en 2009 dans le diocèse de Québec, passant de 94 en 2008 à 212 l’an passé, soit une augmentation de 126 %. À l’archevêché, on estime que le phénomène «demeure marginal». Le directeur des communications, Jasmin Lemieux-Lefebvre, souligne que la population catholique globale est de 1 101 724 âmes. Il indique que pour l’instant, en 2010, «nous sommes dans la moyenne avec 30 demandes» …

Archevêché de Montréal, campagne annuelle

Église Catholique de Montréal, Campagne annuelle (2010), Conception: Maxime Jenniss et Sylvain Thomin

Je viens tout juste de croiser une affiche de la campagne de cette année … En fait, Maxime Jenniss qui a travaillé sur ladite campagne (ici l’année dernière) m’en avait un peu parlé … Avant que je la croise ‘dans la rue’ je veux dire.


Bref, en cherchant des photos je suis tombé sur le texte qui suit (datant du 24 mars 2009) :



Depuis maintenant presque vingt ans, l’agence de publicité montréalaise Bos signe la campagne annuelle de l’Archevêché de Montréal. Un regard sur la mise en marché de Dieu, dans une socité dominée par les médias et où l’on oublie souvent de se souvenir.


Il faut bien se rendre à l’évidence: l’Église a de plus en plus de mal à survivre dans le Québec moderne. Elle est d’ailleurs la première à le reconnaître. Devant une société qui s’est désacralisée de manière radicale il y a près d’un demi-siècle, et qui préfère, depuis, visiter les centres d’achats plutôt que les églises, l’Archevêché n’a pas eu le choix: il a dû user de stratagèmes publicitaires pour assurer sa survie. Il faut savoir vivre avec son temps.


Cela fera donc vingt ans l’an prochain que Bos compte l’Archevêché de Montréal parmi ses clients. Un client bien particulier, souligne Hugo Léger, membre de l’équipe création de l’agence, puisqu’il ne s’agit pas ici de vendre un produit, mais une idée. Il faut comprendre, en premier lieu, que le besoin pour l’Église catholique de développer une campagne publicitaire est bien nouveau. Il y a à peine cinquante ans, on n’aurait pas imaginé devoir recourir à de tels moyens pour faire vivre la communauté religieuse au Québec. C’était les pratiquants eux-mêmes qui, à l’époque, étaient les porte-parole de la foi. Le sermon du dimanche suffisait alors à fidéliser les paroissiens, qui savaient se montrer généreux quand venait l’heure de la quête. Mais la situation a bien changé: les églises sont vides, et le clergé vieillissant a du mal à assurer sa survie. La nécessité de trouver d’autres moyens de communiquer avec le public se faisant de plus en plus pressante, les dirigeants de l’Église montréalaise ont décidé de se tourner vers la publicité. Quoi de plus naturel, après tout? Comme l’a lui-même souligné le Cardinal Jean-Claude Turcotte, la prêche, c’est un peu comme une publicité dominicale.


Une fois par an, donc, à l’occasion de sa collecte annuelle, l’Église se permet d’envahir à nouveau l’espace public, se réappropriant un lieu qui lui était auparavant acquis. Mais une question de taille se pose: comment fait-on pour mettre Dieu en marché? «Il faut toujours adopter un discours qui soit moderne», souligne Hugo Léger. Pour qu’une campagne comme celle de l’Archevêché de Montréal soit efficace, elle se doit de briser l’image traditionaliste de l’Église, de réactualiser une institution qui, plus souvent qu’autrement, passe pour désuète. Que ce soit visuellement ou à l’aide du texte, la publicité doit interpeller; c’est le cas pour n’importe quelle campagne publicitaire. Ce qui diffère, ici, c’est qu’elle doit également provoquer une réflexion sur l’Église, sur sa place dans la société. Il ne s’agit pas seulement de solliciter des dons, souligne le concepteur-rédacteur, mais de réaffirmer l’importance de l’Église dans la société québécoise. Et ça, ce n’est pas une tâche aisée.


Année après année, les campagnes imprimées de l’Archevêché ont attiré l’attention du public. Que ce soit dans les pages de La Presse et du Journal de Montréal, ou encore dans le métro et sur les panneaux d’affichage, les créateurs de chez Bos ont su provoquer, sans toutefois dépasser les limites du bon goût. En l’an 2000, par exemple, de gigantesques panneaux interpellaient en toute simplicité les Montréalais, leur posant une question lourde de sens: «2000 ans après qui?». Une sorte de «Je me souviens» nouveau genre, ce slogan avait fait tout un effet. Puis, pour commémorer le premier anniversaire des événements du 11 septembre 2001, Bos a créé une publicité toute spéciale: les deux tours sur fond blanc, tout simplement. Puis, en regardant de plus près, on se rend compte que les édifices sont formés des mots qui composent le «Notre Père». Une image subtile pour laquelle l’agence s’est mérité le Grand coq d’or au Publicité Club de Montréal 2002, tout en permettant à l’Église de s’inscrire véritablement dans l’actualité, alors qu’elle s’était depuis longtemps effacée de la sphère politique ou sociale. Plus récemment, trois panneaux ont beaucoup fait jaser. En rouge sur fond noir, trois sacres: «Hostie», «Ciboire», «Tabernacle». L’allure provocatrice de la publicité attire tout de suite l’œil. Puis, sous chaque mot, le passant peut lire tout à son aise la définition première de ces mots qu’il connaît pourtant bien. Si les réactions ont été vives au lancement de cette campagne, le clergé, lui, n’a pas regretté son audace. Comme le souligne Hugo Léger, «l’Église était dans son plein droit» lorsqu’elle a choisi de redonner un sens sacré à ces mots souvent bafoués.


Peu importe la campagne, l’Église réussit certainement à se faire remarquer et, surtout, à changer son image. Elle se défait de son statut d’institution dépassée pour véritablement entrer dans la modernité. Plus que cela, elle se présente comme active, vivante, et, surtout, annonce au monde qu’elle a des choses à dire. Dieu n’est pas encore passé de mode.


Malgré la situation difficile dans laquelle se trouve l’Église au Québec, il reste que la société québécoise a des racines fondamentalement catholiques. Il revient aux publicitaires d’utiliser intelligemment cet héritage mais, surtout, de le faire vivre, de le ramener à la mémoire des Québécois. Parce que la religion catholique fait véritablement partie du patrimoine culturel du Québec, et pas seulement de son patrimoine religieux. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle Montréal «la ville aux cent clochers». Or, ces cent clochers, il faut les entretenir.


Dans tout cela, l’Église fait preuve d’une très grande ouverture. Aux dires de Michel Ostiguy, président de Bos, le Cardinal Jean-Claude Turcotte est très conscient de l’impact favorable que peut avoir une bonne publicité et fait une pleine confiance à l’équipe créative de l’agence. Comme quoi Dieu – et ses représentants – sont peut-être plus cool et plus modernes qu’on ne l’aurait cru.



Catherine Côté-Ostiguy
Le Délit

La complainte du vide intérieur

Une anthropologue se penche sur le côté sombre de la chanson actuelle.


Sous des airs souvent joyeux, nos artistes chantent la perte de sens et le cul-de-sac de la surconsommation, des Colocs à Loco Locass. Une critique en forme de nostalgie du lien social évacué avec notre héritage religieux. Saine complainte, juge l’anthropologue Isabelle Matte.


Les punks marginaux du «No Future» l’ont clamé. Les intellectuels l’ont annoncé aussi. Voici que la critique du capitalisme et d’un monde qui tourne à vide est rentrée dans le discours dominant et populaire. En témoigne la chanson québécoise actuelle, dont les textes regorgent de références apocalyptiques en forme de quête de sens, L’Échec du matériel de Daniel Bélanger en tête de liste.


C’est un constat que pose Isabelle Matte dans un chapitre de Modernité et religion au Québec. Où en sommes-nous?, ouvrage collectif tout juste paru aux Presses de l’Université Laval sous la direction de Robert Mager et de Serge Cantin.


«L’idée que le monde court à sa perte a quitté les marges du social et fait désormais partie de la trame narrative du discours normatif populaire», écrit la doctorante en anthropologie, qui a étudié la scène hardcore montréalaise à la maîtrise.


Comme l’écologisme, la chanson d’ici est un vecteur important de ce discours post-apocalyptique ambiant, car depuis La Rue principale des Colocs, l’anthropologue constate que, sur des airs musicaux souvent joyeux, nos auteurs-compositeurs-interprètes cultivent un pessimisme ravageur, où l’idéologie du marché a remplacé l’humanisme et la spiritualité.


«La critique sociale a toujours fait partie de la jeunesse contestataire, reconnaît celle qui enseigne aussi à l’Université Laval. La différence que je perçois dans la chanson québécoise contemporaine, c’est qu’il ne semble pas y avoir d’espoir. Ce n’est pas « un nouveau monde est possible » [comme le chantait la génération du baby-boom], c’est « le monde court à sa perte ».» Seule issue: la fuite, l’épuisement dans le présent. D’où les musiques festives et entraînantes des Cowboys Fringants, des Colocs, de Mes Aïeux…


Ce changement radical des visions du monde, Isabelle Matte l’attribue à l’«inversion structurelle» qui s’est opérée avec la Révolution tranquille. «Nous parlons du passage d’un catholicisme englobant une bonne partie de la réalité sociale et existentielle des Québécois à une religion qui se doit d’être choisie par l’individu. Le passage, donc, d’une société largement traditionnelle à une société de consommation post-industrielle», écrit-elle, un peu à contre-courant de ses collègues-auteurs qui tentent plutôt de relativiser l’impact de la Révolution tranquille pour montrer la persistance d’un sens religieux qui s’est simplement diversifié.


Loin de plaider un retour au religieux, la chanson actuelle exprime surtout un vide, un manque, que la religion a longtemps comblé, précise Isabelle Matte, qui s’intéresse depuis six ans aux impacts culturels de la sécularisation, en comparant l’après-Révolution tranquille et l’après-Celtic Tiger irlandais.


«J’ai l’impression qu’il y a une espèce d’idéalisation du passé sans vouloir du tout y retourner, affirme-t-elle. Les jeunes ne sont pas fous. Le problème n’est pas le rejet de la religion comme telle, mais ils sentent une sorte de perte, moins du mode de vie que du lien social, du sentiment d’appartenance.» Elle rappelle le sens étymologique du mot religion, qui signifie relier, pour illustrer à quel point le catholicisme québécois unifiait toutes les sphères de la vie.


Cette nostalgie, Mme Matte la perçoit comme saine et positive. D’une part, elle reflète l’intensité toute particulière avec laquelle a été vécue la Révolution tranquille au Québec, période de contestation politique, de révolution sexuelle doublée d’un mouvement de sécularisation en mode accéléré. D’autre part, elle dénote une curiosité nouvelle, un «désir de se lier à ce passé [longtemps évacué et que les jeunes connaissent souvent mal, note-t-elle], de jeter un pont, de faire partie d’une continuité.»


L’anthropologue s’explique ainsi le retour en force de musiques d’allégeance plus folklorique, comme celle de Mes Aïeux, et l’émergence de phénomènes comme les Commandos Trad, ces musiciens qui prennent d’assaut les stations de métro (surtout celles aux noms liés à notre histoire comme Papineau, Lionel-Groulx) pour redonner vie aux airs hérités d’une riche tradition orale.


«Il y a des choses qui n’ont pas été digérées. Et là, ça ressort, sous des formes diverses. Il y a encore beaucoup d’éléments un peu pré-modernes ou traditionnels dans la société québécoise. Il faut les voir, les connaître mieux, pour pouvoir vivre avec ou s’en défaire.»


La doctorante s’intéresse depuis six ans au catholicisme, mais d’un point de vue anthropologique, hors de l’institution, donc, pour comprendre «comment ça se vivait». Son sujet de thèse porte sur le processus de sécularisation post-Révolution tranquille, qu’elle compare aux effets de la Celtic Tiger en Irlande. C’est aussi à titre de fan (et forte de sa maîtrise) qu’elle a choisi de fixer sa lorgnette anthropologique sur la musique québécoise.


«Dans les productions culturelles d’ici, il y a un réel souci d’où on s’en va, dit-elle en citant notamment la trilogie du cinéaste Bernard Émond sur les vertus théologales. Je trouve nos artistes intelligents, ils ont un discours sur le monde qu’on se doit d’entendre. Il faut les écouter…»



Frédérique Doyon
Le Devoir



Merci Anne-Marie Lavigne

Sondage CROP sur Jésus – La foi des Québécois à l’ère des peurs identitaires

Maints Québécois d’aujourd’hui aiment se croire ouverts, mais quand des gens de foi différente leur rappellent certaines oppressions passées, ils se braquent et se hâtent d’en appeler aux «valeurs communes». La nouvelle unanimité qu’ils réclament, spécialement dans les lieux publics, repose sans doute sur cette peur d’une nouvelle intransigeance religieuse.


Ce sentiment ne suscite pas d’émeute dans les rues, mais il s’exprime avec force dans les médias. On présuppose que les Québécois auraient pour la plupart définitivement abandonné leur foi catholique, et que des immigrants, surtout musulmans, pourraient un jour ramener la «grande noirceur». C’en serait alors fini de la liberté et, comble de l’horreur, de l’égalité pour les femmes.


Pourtant, aux États-Unis, les études du Pew Forum on Religion and Public Life le montrent, si les confessions traditionnelles voient décliner leurs effectifs, la foi, sinon la pratique religieuse, persiste dans la jeune génération. Les jeunes évitent les appartenances établies, mais n’en conservent pas moins certaines des croyances passées. Bref, peut-on conclure, si l’intégrisme reste vigoureux, aucune théocratie ne se profile à l’horizon.


En Europe, plus que les attentats, c’est l’immigration qui agite les sociétés. La domination appréhendée de ce «cheval de Troie» est exploitée par les partis xénophobes. Pourtant, les familles issues de l’immigration ont de moins en moins d’enfants. Ainsi aux Pays-Bas, où sévit Geert Wilders, les Turcs ont 1,6 enfant par famille, soit moins que les citoyens du pays de même revenu.


Entre-temps, au Québec, l’islam n’a manifestement pas encore envahi la place, et la foi chrétienne n’a pas, non plus, disparu. Le Centre culturel chrétien de Montréal, Présence magazine et le diocèse catholique de la métropole ont voulu connaître les convictions des Québécois francophones à propos de Jésus, la figure centrale du christianisme. La maison CROP leur a révélé des faits quelque peu étonnants.


Publiés dans Présence magazine de mars-avril, les résultats d’un sondage fait en janvier les amènent à penser que «Jésus semble toujours bien ancré dans le psychisme des Québécois».  Des 950 répondants, en effet, 76 % affirment «bien» ou «assez bien» connaître Jésus et 52 % sont désireux d’en apprendre davantage sur lui. Plus de la moitié se disent «impressionnés» par Jésus et près du tiers le qualifient de «modèle de vie».  Seulement 23 % y voient un «personnage inventé».  Même pour les athées, les agnostiques ou les gens sans religion, sa figure serait «incontournable».


Néanmoins, on y observe encore une «érosion de la foi», car moins de trois Québécois sur quatre disent croire en Dieu, un taux plus bas qu’aux récentes études statistiques. De plus, pense-t-on, ce phénomène ira «croissant», car 34 % des jeunes de 18-34 ans se déclarent athées, agnostiques ou sans religion, par rapport à 19 % dans la population en général.


Les jeunes sont cependant moins impressionnés par Jésus (44 %) que les plus âgés (64 %). Par contre, on remarque, non sans étonnement, que seulement 43 % des catholiques perçoivent avant tout Jésus comme le «Fils de Dieu», un article pourtant fondamental de la foi chrétienne. Bon nombre de Québécois composeraient donc eux-mêmes leur credo.



Réactions


Louis Lesage, chroniqueur à Présence magazine et animateur à Radio Ville-Marie, a interrogé Jean-Pierre Proulx à ce sujet. L’ex-rédacteur du Devoir et auteur du rapport sur la religion à l’école n’est pas surpris par les résultats du sondage. Il y voit un effet de la sécularisation du Québec moderne et de «la perte d’influence des autorités religieuses».


Sabrina Di Matteo, rédactrice en chef de Haute Fidélité, la revue de formation de l’Église catholique de Montréal, n’est pas impressionnée par la considération donnée à Jésus par autant de répondants. Elle ne reconnaît guère là, dit-elle, le «Jésus de l’Évangile» et son appel à une «transformation sociale profonde» au bénéfice des gens «fragilisés».


Pour Brian McDonough, le directeur des oeuvres et de la pastorale sociale du diocèse, les réponses au sondage soulèvent une question semblable. «Les trois quarts des répondants affirment bien connaître Jésus, observe-t-il, mais au juste qu’est-ce qu’ils connaissent de lui?» À vrai dire, si l’historicité de Jésus ne fait plus de doute, son personnage et sa vocation suscitent un peu partout dans le monde religieux, comme aux premiers siècles du christianisme, des interrogations et des interprétations contradictoires.


En tout cas, d’après CROP, les Québécois qui veulent en savoir plus sur Jésus comptent moins sur le clergé ou sur les médias que sur Internet. Ce nouveau mode de communication peut, il est vrai, être aussi utile que l’ont été l’écriture ou la parole autrefois. Mais encore faut-il qu’on sache reconnaître, dans le flot des messages qui y circulent, quel propos est digne de foi.


Que le Québec ait massivement quitté l’Église et la pratique religieuse, le phénomène était déjà connu. Ce qui intrigue aujourd’hui les commanditaires du sondage, c’est la persistance d’une aussi «forte présence de la figure de Jésus», non seulement, comme ces dernières années, au cinéma et dans les publications, mais aussi au sein de la population. Ils tenteront de savoir pourquoi, samedi prochain, lors d’un colloque du Centre culturel chrétien de Montréal.


Pour d’autres informations sur ce colloque et le sondage de CROP, on peut visiter le www.centreculturelchretiendemontreal.org.



Jean-Claude Leclerc
Le Devoir

Students swap Bibles for porn

At the University of Texas San Antonio campus, a college atheist group is offering students pornography in exchange for Bibles, Korans, or other religious texts. The group, Atheist Agenda, calls the exchange « Smut for Smut ».

Group members claim that the Bible and other religious texts are just as as smutty as any pornography. According to the group, the Bible contains all sorts of misogyny, violence, torture and questionable sexual practices.

The atheists are right. The Bible, the Koran and other religious texts are often filled with the most disgusting, degrading of images: genocide, infanticide, incest and the sexual abuse of children.

As one might expect, the exchange is prompting prayers and protests from Christians. Some have gone so far as to accuse the atheist group of being intolerant and hateful. One must laugh at the irony of such claims. After hundreds of years of cruel and brutal intolerance and hatred for everything not Christian, Christians have very little credibility when they try to play the victim card.

Indeed, the “Smut for Smut” campaign required police protection from angry Christians attempting to tear down signs and intimidate the atheists. Despite the complaints, University officials say the atheist group has the right to conduct the swap.

UTSA spokesman David Gabler says, « As long as students are not violating laws or violating the Constitution, they have the freedom of speech and assembly. »

Here in Portland, Oregon, The Reed Secular Alliance, promoting free thought at Reed College Since 2005, is an active student group open to atheists, agnostics, humanists and free thinkers.

SOURCE



Merci Mivil Deschênes