Jésus Christ

Deux chercheurs américains expliquent pourquoi il est permis de douter de la véracité des messages rapportés dans les Évangiles.


Jésus n’a jamais existé. Bart Ehrman, grand spécialiste américain du Nouveau Testament, lance ce gigantesque pavé dans la mare alors que de nouvelles découvertes liées à la science de la mémoire jettent le doute sur l’existence de l’un des piliers de la religion catholique.


Curieux à propos de la véracité des messages rapportés dans les Évangiles — pour la plupart écrits plusieurs décennies après la date présumée du décès de Jésus —, Bart Ehrman a tenté de déterminer si la mémoire orale permettait effectivement de transmettre des faits efficacement, sans que le message central soit modifié avec le temps.


Auteur de l’ouvrage Jesus Before the Gospels: How the Earliest Christians Remembered, Changed, and Invented Their Stories of the Savior (Jésus avant les Évangiles: comment les premiers chrétiens ont conservé, modifié et inventé leurs récits du Sauveur), le chercheur s’appuie sur le fait que la mémoire est une faculté qui oublie pour affirmer qu’il est impossible que Matthieu se souvienne exactement des paroles du Christ lors du Sermon sur la montagne, par exemple, alors qu’il en a écrit le compte rendu 50 ans plus tard.


Pour prouver ses dires, Bart Ehrman fait référence à plusieurs expériences psychologiques où des participants, interrogés à propos d’un événement, se mettent rapidement à «inventer» des souvenirs pour, entre autres, adopter un point de vue qui leur convient. On n’a qu’à penser aux «foules de musulmans du New Jersey célébrant les attentats du 11 septembre 2001», un faux «souvenir» évoqué par Donald Trump et dont se souviennent pourtant ses partisans, malgré le fait que cela ne se soit jamais produit. Idem pour le principe antédiluvien du téléphone arabe, dont le message final est bien souvent très différent de l’énoncé d’origine. Ou les témoins oculaires, dont la fiabilité laisse à désirer. Soudainement, l’idée de Jésus marchant sur l’eau ressemble davantage à une histoire embellie qu’à un véritable miracle.


Aux yeux de Bart Ehrman, cette tendance naturelle à la mutation des faits au fur et à mesure que ceux-ci sont transmis confirme que les Évangiles sont remplis de souvenirs «transformés» — et donc faux.


D’ailleurs, les premiers chrétiens semblaient au courant de ce risque. Ce n’est pas pour rien que Paul, dans son Épître aux Galates, prend la peine de souligner que ses enseignements ne lui sont pas parvenus par un chemin tortueux, mais plutôt directement «par la révélation» de Jésus-Christ.


Selon des anthropologues, les souvenirs communs d’un groupe sont encore plus sujets à modifications. Si un membre dominant du groupe offre une version différente des faits, cette interprétation n’est souvent pas contestée par les autres membres et est adoptée telle quelle.


Toujours au dire du chercheur, des détails particuliers sont souvent ajoutés aux histoires bibliques, puisque ce sont ces «petits plus» qui leur confèrent un aspect véridique.


Plus on s’éloigne des Évangiles présentés dans la Bible — dont le contenu a été «officialisé» aux IVe et Ve siècles —, plus l’existence du Christ est remise en question. L’exemple du procès intenté par Ponce Pilate et la crucifixion qui a suivi est révélateur. Selon l’Évangile de Pierre, déclaré «non authentique» par les autorités chrétiennes, ce n’est pas ce préfet de Judée qui a signé l’ordre d’exécution de Jésus, mais plutôt le roi Hérode. D’autres textes parlent plutôt d’un Christ décédé à l’aube de la cinquantaine, ce qui situerait sa mort vers les années 40 de notre ère. Or, Pilate aurait été renvoyé à Rome en 36 ou 37…


Autre exemple, pour les Nazoriens, secte de chrétiens de la première heure dont l’existence est évoquée par des chercheurs du IVe siècle de notre ère, Jésus est mort un siècle avant les Évangiles bibliques, soit vers 70… avant Jésus-Christ!


La majeure partie du Nouveau Testament est aussi dénuée de preuves historiques de l’existence du Christ. Les lettres de saint Paul, fortes de près de 20 000 mots, mentionnent Jésus à plus de 300 reprises, mais jamais pour parler de sa vie, de ses actions ou de ses souffrances. Paul ne fait pas non plus référence au Christ en s’appuyant sur le témoignage d’un autre apôtre.


Un autre chercheur biblique, l’Américain Richard Carrier, auteur d’On the Historicity of Jesus: Why We Might Have Reason for Doubt (L’historicité de Jésus: pourquoi il est permis d’avoir des doutes), avance l’hypothèse que la période de la vie du Christ correspond à une époque de profonds changements religieux dans ce qui est aujourd’hui Israël. Entraînés dans une révolte populaire contre l’élite du Temple de Jérusalem, plusieurs groupes ont opposé une réponse religieuse à cette lutte. L’un de ces groupes aurait eu l’idée d’un être céleste fait de chair, tué par les forces du mal dans un sacrifice dépassant les rites juifs de l’époque, puis revenu d’entre les morts, et qui réapparaîtra bientôt pour sauver les fidèles.


Comme le veulent les théories sur l’«amélioration» de la mémoire, cette idée du Christ a rapidement été «embellie» pour attirer davantage de croyants, croit Richard Carrier.


L’idée que le Christ ne serait qu’un mythe gagne en popularité chez les athées et les agnostiques, mentionne Bart Erhman. Si elle réussissait à gagner des adhérents chez les chrétiens, «cela porterait un coup» à la foi catholique, dit-il.


(Texte publié dans Maclean’s, adapté par Hugo Prévost)



Brian Bethune
L’Actualité


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Caesars Messiah: The Roman Conspiracy to invent Jesus (2012) by FRITZ HEEDE & NIJOLE SPARKIS (February 13, 2015)
5 reasons to suspect that Jesus never existed (September 1, 2014)
Ancient Confession Found: ‘We Invented Jesus Christ’ (October 9, 2013)
The Holy Bible Contradictions (August 21, 2013)
Religious people are less intelligent than atheists, according to analysis of scores of scientific studies stretching back over decades (August 13, 2013)
(The) Untold History of the Bible (2009) by CHRISTIAN J. PINTO (February 23, 2013)
La névrose chrétienne (1976) par le Docteur PIERRE SOLIGNAC (May 25, 2012)
Religulous (2008) by LARRY CHARLES (September 24, 2010)
Le cerveau mystique (2006) de ISABELLE RAYNAULD (January 4, 2010)

*Bien personnellement j’y ai déjà lu – dans les commentaires – que le problème avec les francophones c’était le même qu’avec les acadiens et les autochtones … ‘They just don’t disappear’. Édifiant.


NOUVEAU-BRUNSWICK – Une centaine des francophones demandent à la CBC de supprimer de son site les commentaires haineux.


L’ancien juge de la Cour suprême Michel Bastarache et une pléiade d’autres personnalités francophones du Nouveau-Brunswick demandent au réseau CBC de ne plus contribuer à ce qu’ils estiment être du « francophones bashing ». Ils déplorent que le site Internet de la société d’État publie fréquemment des commentaires de citoyens haineux à l’endroit des Acadiens qui ne sont retirés que lorsqu’une plainte est déposée.


« À la suite de reportages portant directement ou indirectement sur des dossiers linguistiques, nous pouvons lire sur votre site des commentaires qui n’ont rien à voir avec l’objet du reportage et qui ne cherchent qu’à attaquer et à injurier la communauté francophone », écrivent les 120 signataires.


La missive est signée par l’avocat Michel Doucet, spécialisé dans les droits linguistiques, ainsi que par des gens de divers horizons, dont M. Bastarache, trois sénateurs, l’ancien député fédéral néodémocrate Yvon Godin, le recteur de l’Université de Moncton Raymond Théberge ou encore une vingtaine de maires néo-brunswickois. « Nous croyons que ces commentaires n’ont pas leur raison d’être sur le site Internet de la société d’État qu’est la CBC. » Leur lettre regorge d’exemples récents de tels commentaires, dont plusieurs font référence à la déportation, ce douloureux chapitre de l’histoire acadienne.


« Nous aurions dû renvoyer tous les francophones en Louisiane. »


« Imaginez si tous les Acadiens avaient été déportés du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse durant l’expulsion. Imaginez à quel point les choses iraient mieux. Nous ne serions pas ruinés et nous n’aurions pas à écouter toutes ces jérémiades. »


« On réglerait beaucoup de problèmes dans cette province si on fermait l’Université de Moncton. »


« Montrez-moi un seul francophone de France qui peut comprendre le français parlé au Nouveau-Brunswick et je mange mes bas. »


Les signataires s’étonnent que la CBC n’ait pas cru bon de censurer ces messages, rédigés anonymement. « Nous vous invitons à reprendre ces commentaires et à substituer un autre groupe ethnique ou religieux au terme “francophones”. Accepteriez-vous de les publier ? »



Un retrait jugé insuffisant


Brodie Fenlon, le directeur des médias numériques pour le réseau CBC, a assuré au groupe par écrit vendredi que les commentaires identifiés seront supprimés. « Nous regrettons que ces commentaires se soient retrouvés sur notre site. Il s’agit d’une situation malencontreuse, mais inévitable lorsque l’on doit traiter un tel volume de commentaires. […] Dorénavant, nous nous assurerons que nos lignes directrices sont appliquées avec encore plus de rigueur et de jugement. » La politique de commentaires de CBC mentionne que les discours haineux, les attaques personnelles, les insultes ou encore les déclarations diffamatoires sont interdits.


En entrevue avec Le Devoir, l’instigateur de la lettre, Michel Doucet, n’est pas rassuré par cette réponse, tant s’en faut. Il exige que la CBC fasse preuve de vigilance en amont plutôt que de simplement retirer les commentaires litigieux après coup.


« Ils retirent les commentaires juste quand on les signale. Mais on ne va pas passer notre journée à surveiller le site de CBC ! C’est à CBC elle-même de veiller à la qualité du contenu », tonne-t-il. Selon l’avocat, il est inacceptable qu’une société d’État « permet[te] qu’on utilise son site de commentaires pour fomenter la division, l’incompréhension et l’intolérance vis-à-vis d’une communauté minoritaire ».


M. Doucet soutient que le phénomène existe « depuis que CBC a ouvert son site aux commentaires » et procède d’une tendance lourde. Chaque fois qu’il est question de sujets liés aux francophones au Nouveau-Brunswick, ces commentaires fusent. « L’autre jour, la ville de Dieppe a annoncé qu’elle aurait un anneau de glace et il y a eu des commentaires ! Un des commentaires qui revient souvent, c’est que les francophones ont tous les bénéfices alors que ce sont les anglophones qui payent tous les impôts. […] On mettrait une photo d’un beau petit chat portant un nom francophone que ces commentaires ressurgiraient », raille-t-il. Lui-même, un militant très en vue des droits linguistiques des francophones, est présenté dans certains commentaires comme un « individu radicalisé ».


Le sujet fait l’objet de conversations dans la communauté francophone néo-brunswickoise depuis très longtemps, raconte-t-il. Aussi, quand il a décidé de prendre la plume dimanche dernier, il a récolté ses 120 signatures prestigieuses en moins de 72 heures. C’est d’ailleurs un sénateur conservateur, Percy Mockler, outré et enflammé, qui a mis Le Devoir au parfum de la situation.


Les signataires demandent à ce que CBC ne permette plus les commentaires provenant de personnes anonymes, comme le font déjà plusieurs sites de médias. M. Fenlon rétorque dans sa lettre que cet anonymat est utile, quoiqu’il fasse l’objet d’un « examen ». « En autorisant l’utilisation de pseudonymes, on permet cependant à toutes les voix de participer au débat, y compris les victimes de crimes et les dénonciateurs d’abus, deux groupes qui, selon nous, ont de bonnes raisons de se cacher derrière l’anonymat. »



Hélène Buzzetti
Le Devoir


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Québec Bashing (2015) de GENEVIÈVE BERNARD BARBEAU (December 18, 2015)
Identité culturelle, sept septembre MMXII, St-Henri, Montréal p.Q. (September 7, 2012)


The Sisters of the Valley, who say they do not follow any traditional religion, hope they can make marijuana ‘a healing industry instead of a stoner industry’


The Sisters of the Valley’s “abbey” is a modest three-bedroom house on the outskirts of Merced, in a cul-de-sac next to the railroad tracks. (Sister Kate calls the frequent noise from passing trains “part of our penance”.) When visitors come to the door, Sister Kate asks them to wait outside until she can “sage” them with the smoke from a piece of wood from a Russian tree given to her by a shaman.


Sister Kate lives here with her “second sister”, Sister Darcy, and her youngest son.


But these aren’t your average nuns. The women grow marijuana in the garage, produce cannabidiol tinctures and salves in crockpots in the kitchen, and sell the merchandise through an Etsy store. (Cannabidiol, or CBD, is one of the active ingredients in marijuana that is prized for medicinal qualities and is not psychoactive.) The women perform their tasks wearing long denim skirts, white collared shirts and nun’s habits. And while their “order” is small – last week they ordained their third member, a marijuana grower in Mendocino County known as Sister Rose – they share the same dream as many California startup founders: scaling.


The sisters say they are in touch with women in New Jersey and Washington state who may be interested in joining up. “They’re out buying jean skirts and white blouses,” said Sister Kate. “We want there to be women in every city selling medicine.”


But their ambitions have been thwarted by legislation that was passed last year – 19 years after medical marijuana was first legalized in the state – to regulate the billion-dollar industry through the Medical Marijuana Safety and Regulation Act. An error in the final text of the law has resulted in scores of cities across the state passing local bans on the cultivation, distribution, and sale of the drug, including Merced, a small city in California’s Central Valley where the Sisters live.


The legislation accidentally established a 1 March 2016 deadline for cities to impose their own bans or regulations on medical marijuana or be subject to state rules, a deadline that assembly member Jim Wood, who authored that section of the bill, said was included by complete accident.


Wood has drafted fix-it legislation, which he’s optimistic will pass in the legislature by the end of next week and be signed by the governor immediately after. But next week is too late for the Sisters of the Valley.


“If it was a typo, that’s great. If it wasn’t, who knows,” said John M Bramble, the city manager of Merced, the morning after Merced’s city council passed its medical marijuana ban. Either way, “it’s too late,” he said. “We’re banning it for now because if we don’t, we’ll have no local control.”


That leaves the Sisters of the Valley in a precarious position. “We are completely illegal, banned through commerce and banned through growing,” said Sister Kate. “They made criminals out of us overnight.”


Despite Sister Kate’s Catholic upbringing, the Sisters “are not affiliated with any traditional earthly religion”. The order’s principles are a potent blend of new age spirituality (they time their harvests and medicine making to the cycles of the moon, and pray while they cook to “infuse healing and intent to our medicine”), environmentalism (“We think the plant is divine the way Mother Earth gave it to us”), progressive politics (asked whether she’s offended if someone drops her title and calls her “Kate”, Sister Kate responds: “It’s offensive that no banksters went to jail”), feminism (“Women can change this industry and make it a healing industry instead of a stoner industry”), and savvy business practices.


The pair starts every day with several hours of “Bible time”, their term for attending to all the correspondence that comes their way via email, Etsy, Facebook, Twitter, YouTube and Instagram. The recent media attention they’ve received has resulted in a surge of orders and messaging that left Sister Darcy three or four days behind on her email in late December. “That’s a cardinal sin in our world,” Sister Kate joked.


It would be easy to dismiss the Sisters’ religious trappings as a marketing gimmick, and they certainly have not been shy when it comes to the press (according to Sister Kate, there are two film production companies interested in their story, but she only wants to participate if there’s a way the project can help Bernie Sanders win the presidential election). But the women seem sincere in their belief in the healing properties of CBD and their desire to help the ailing.


Meeusen, who is 55, got into the marijuana industry after a bad divorce. After 10 years living in Amsterdam and working as a financial consultant, she returned to the US with three kids and little money in 2008, just as the financial crisis was kicking off. Her brother persuaded her to move to the Central Valley with him and start a medical marijuana business. After using marijuana to help her nephew recover from a heroin addiction, Meeusen was a believer. The family started a successful enough medical marijuana business to survive, and Sister Kate settled into the Merced activist community.


Meeusen began dressing like a nun in November 2011, during the height of the Occupy movement. Outraged with news reports that the US Congress had decided to classify pizza as a vegetable, she decided, “If pizza was a vegetable, I was a nun. So I put on a nun outfit and started going out to protests, and the movement dubbed me Sister Occupy.”


Sister Kate says that she never wanted to fool people into thinking she was a “real” nun, but she enjoyed the way that her habit changed how people interacted with her, seeking her out and telling her their troubles. When she had a falling out with her brother – she says she caught him selling their product on the black market, and he kicked her out of their home, leaving her semi-homeless for four months – she came up with the idea of a sisterhood of therapy plants.


Sister Kate was looking for a “second sister” when a mutual friend arranged a phone call with Darcy Johnson. After just a thirty minute conversation, the 24-year-old from Washington state was ready to move to Merced and join the order. Sister Darcy had spent time in New Zealand working on an organic farm, and now, back in the States, was looking for a better way of life.


“This is my better,” Sister Darcy said.


The day after Merced’s ban on medical marijuana was passed, the sisters were preparing for battle. Sister Kate is planning to start a call-in campaigns across the Central Valley, urging growers and customers to flood city council members with phone calls every Friday until they come up with reasonable regulations.


Whatever happens, though, the Sisters of the Valley are answering to a higher authority. “We’re not accepting their ban,” said Sister Kate. “It’s against the will of the people, and that makes it unnatural and immoral.”



Julia Carrie Wong
The Guardian

J’ai presque envie de dire que c’est une histoire fabuleuse. Fascinante. C’est l’histoire d’une rupture qui a laissé une sacrée cicatrice au cœur de la grande famille chrétienne. Cette rupture s’est produite en 1054. Il y a presque 1000 ans. Elle a été le produit d’âpres débats théologiques et politiques.


À l’époque déjà, les orthodoxes trouvaient que la personne du pape avait terriblement tendance à vouloir occuper tout l’espace. Avec obéissance en prime!


À l’époque, il faut le dire, parler de l’Église, c’était parler d’empires, de vastes territoires et de luttes de pouvoir.


Mille ans plus tard, cette papauté semble toujours irriter les orthodoxes de Moscou et de toute la Russie qui représentent près de 150 millions de fidèles. Ce n’est pas négligeable.


On raconte que cette rencontre historique, à Cuba, est le fruit de deux ans de négociations ultrasecrètes. À mon avis, c’est oublier tous les efforts consacrés à ce dossier depuis très longtemps.


Jean-Paul II en avait fait une quasi-obsession. Il avait même offert de redéfinir la papauté si ça permettait de dénouer l’impasse et de réunir la grande famille chrétienne!


Jean-Paul II aurait vendu ses chaussures et sa capine pour marcher dans les rues de Moscou. Mais… niet! C’est un des échecs retentissants de son pontificat.



Mais alors, aujourd’hui?


Bien des choses ont changé. Commençons par Rome.


Ce pape François n’est pas comme les autres. Il ne se dit jamais pape, justement. Il se dit d’abord pécheur et puis évêque de Rome. Touche d’humilité ou trait révélateur?


Par ailleurs, François veut réformer son immense institution. Il voudrait que l’Église retrouve sa mission première, plus proche des pauvres, plus humble, plus missionnaire et plus collégiale!


Ça doit faire plaisir aux orthodoxes de Moscou et de toute la Russie, non? Est-ce suffisant pour ouvrir toute grande la porte de Moscou à François? Niet!


Parlons des orthodoxes de Russie. Leur histoire est tragique, notamment au 20e siècle. Staline avait promis d’éliminer la religion du paysage soviétique. Il avait même concocté un plan quinquennal pour y arriver. Il a réduit en miettes les plus grandes et les plus belles cathédrales du pays. Mais Staline a échoué. Qui a reconstruit ces grands bâtiments à la gloire de l’Église orthodoxe? Poutine!


Je ne dis pas que tous les Russes sont de retour à la messe. Mais ça saute aux yeux : l’Église orthodoxe de Russie n’est plus menacée. Elle est stable. Elle a même développé de forts liens d’amitié avec le Kremlin, ou du moins avec Poutine.


Qu’est-ce que ça change? Le patriarche, après sept ans en place, est peut-être plus en mesure d’assumer une rencontre historique avec l’évêque de Rome. D’autant plus que Kirill doit bien voir comment les orthodoxes de Turquie se sont rapprochés du Vatican. Il doit bien voir aussi que ceux d’Ukraine pourraient être tentés par une grande accolade avec François. Kirill se dit peut-être que, s’il n’y prend garde, l’Église russe pourrait bien se retrouver seule dans son coin de planète?



Pourquoi Cuba?


Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais – quelle coïncidence! – voici donc que le patriarche de Moscou et de toute la Russie ainsi que François se retrouvent en même temps en Amérique du Sud.


Après d’intenses négociations, il fallait trouver un terrain neutre. C’est ici qu’entre en scène le nouvel ami de François, Raoul Castro, qui leur offre les portes de l’aéroport de La Havane. Que de belles coïncidences, non?



Et puis après?


Ces deux hommes ont une cause en commun. C’est la tragédie des chrétiens du Moyen-Orient qui sont ciblés, assassinés, pourchassés et en fuite. La Terre sainte qui fut jadis chrétienne ne l’est plus.


Une déclaration commune n’arrêtera pas la guerre. Mais c’est le symbole le plus puissant qu’ils peuvent offrir au monde.


Maintenant, attendons la déclaration des deux hommes.



Alain Crevier
Radio-Canada


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Pope Francis and Russian Patriarch Kirill

MAJ : Full text of Pope Francis and Russian Patriarch Kirill’s Cuba joint statement


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The Pope and head of the Russian Orthodox Church release statement against gay marriage

JOSEPH PATRICK McCORMICK, Pink News, 13th February 2016


The Pope and Patriarch Kirill of Moscow, the head of the Russian Orthodox Church have released a joint statement condemning same-sex marriage.


The statement, consisting of 30 points, holds wide-reaching significance for Catholics and followers of the Orthodox Church.


The main message of the statement seems to be the reconciliation of the Orthodox and Catholic churches.


However, as well as a coming together of the two denominations, the statement condemns war in the middle east and the persecution of Christians.


Going on, the statement says Pope Francis and Kirill are “concerned” about Christians being “confronted by restrictions to religious freedom”.


Secular societies are next on the list, saying that Christians face “outright discrimination”, and that they are faced by an “often very aggressive secularist society”.


The pair urge Europe to “remain faithful to its Christian roots”, and calls on European Christians to be more outspoken about their faith.


In a similar vein to many statements made by the churches, the “family” was high on the agenda.


One point calls family the “natural center of human life and society”, but they say they are “concerned about the crisis in the family in many countries”.


They then say that “the family is based on marriage, an act of freely given and faithful love between a man and a woman.”


The Pope and the Patriarch are apparently worried that the “biblical tradition, of paternity and maternity as the distinct vocation of man and woman in marriage is being banished from the public conscience.”


Patriarch Kirill in 2013 condemned the advance of marriage equality in the West, calling it a symptom of the apocalypse.


The Russian Orthodox Church has been a key supporter of Russia’s anti-gay law, and Patriarch Kirill maintained the Church’s view that homosexuality is a sin – although he has cautioned against punishing people for their sexuality.


In 2009 he told an interviewer: “We respect the person’s free choice, including in sex relations.”


Pope Francis last month attacked same-sex marriage and civil unions, ahead of a debate in the Italian Senate at introducing civil unions for same-sex couples.


He said: “There can be no confusion between the family God wants and any other type of union.”


“The family, founded on indissoluble matrimony that unites and allows procreation, is part of God’s dream and that of his Church for the salvation of humanity,” he added.

photo ÉTIENNE DIONNE

photo ÉTIENNE DIONNE


Urnes funéraires abandonnées, nouveaux cultes voués aux arbres, incinérations massives plutôt qu’inhumations : les rites funéraires changent au Québec. Ce n’est pas sans motif que le gouvernement tente d’actualiser dans une loi ces nouvelles pratiques qui se conjuguent au commerce florissant de la mort.


« La loi qui régit notre pratique date du début des années 1970. Les choses ont beaucoup changé depuis 40 ans », explique Denis Desrochers, président de la Corporation des thanatologues du Québec. On n’en est plus au temps des croque-morts, mais « il n’y a aucun cadre légal de la pratique professionnelle. Il y a des dérapages possibles. […] On va se le dire : il y en a des bons et des moins bons. Il faut que quelqu’un nous supervise pour que nous soyons intègres. »


Mais jusqu’où en balisant va-t-on banaliser la mort ? se demande l’anthropologue Luce Des Aulniers. « La maîtrise technique n’est pas la maîtrise symbolique. On veut mettre la mort à sa place. Mais ce n’est pas forcément une façon de pacifier la mort. […] Et qui va se mettre à contrôler toutes les dispositions de la loi ? »


La nouvelle loi prévoit ainsi un encadrement plus strict de la pratique de la dispersion des cendres. Mais qui va vérifier que les cendres ne sont pas dispersées dans « un endroit inapproprié » et, surtout, qui en jugera ?


Le projet de loi 66 modifie de façon importante plusieurs lois qui touchent de près à la disposition des cadavres, y compris des cendres, au travail de ceux qui en ont la charge et à la gestion des cimetières. Les permis de pratique en matière funéraire seraient désormais disponibles pour des entreprises plutôt que des individus.


Les thanatologues se réjouissent pour leur part de la volonté d’unifier la loi dans un seul document d’actualité, bien qu’il semble au président de leur corporation que des incohérences soient encore présentes.


Denis Desrochers ne comprend pas par exemple pourquoi il serait possible pour les citoyens de disposer des cendres à peu près à leur guise alors que les entreprises funéraires seraient limitées dans leurs pratiques. « Les gens vont pouvoir faire ce qu’ils veulent avec les cendres et moi, je vais devoir acheter un terrain au cimetière. C’est un des éléments trop encadrants de cette loi. Il faudrait des investissements massifs. C’est peu faisable ! »


Certains thanatologues s’inquiètent plus précisément des modalités de conservation des corps et de leur enterrement. Le projet de loi n’offrirait pas assez de balises encore quant à la durée pendant laquelle un corps peut être conservé ou la manière dont il convient de l’ensevelir.



Horrifiée


Pour Jocelyne Dallaire-Légaré, présidente de l’entreprise Alfred Dallaire Memoria, la loi que tente d’adopter le gouvernement libéral pour réformer les pratiques funéraires se trouve déjà en retard par rapport à la réalité. Elle contient à son sens nombre d’irritants. Ses mots tombent : « Je trouve ça abject. Je suis horrifiée. »


Le projet de loi 66 marque ni plus ni moins selon elle le retour du religieux refoulé par la porte d’en arrière. « Il y a une concurrence entre les cimetières et les entreprises funéraires. Il faut être aveugle pour ne pas le voir. » Or la nouvelle loi, à son sens, favorise indûment les cimetières. « À la fin des contrats, moi, je devrais déposer les cendres non réclamées au cimetière ? Je dois en conséquence acheter des emplacements dans un cimetière ? Les gens veulent désormais que les cendres de leurs proches soient dispersées dans la forêt, dans un lieu calme, qui leur tient à coeur. Donc, la nouvelle loi apparaît déjà rétrograde. »


La présidente d’Alfred Dallaire Memoria pointe aussi du doigt le fait que les cendres devraient être présentées dans un contenant rigide. « Pourquoi ? Si ça se dégrade, c’est mieux pour tout le monde. On offre désormais une urne en coton biodégradable. Il existe des urnes botaniques. En quoi ce n’est pas bien ? »


Il existe une tendance forte, explique l’anthropologue Luce Des Aulniers, en faveur de préoccupations qui se veulent écologiques. « Mais toute disposition des restes humains crée de la pollution, ne serait-ce que lorsqu’on les fait brûler. » Il est clair selon elle que cela s’attache aussi à des enjeux d’ordre commercial.


À Prévost, dans les Laurentides, on trouve Les Sentiers, une entreprise funéraire qui affirme opérer depuis 2009 « le tout premier cimetière à faible impact écologique ». Selon John Tittel, un des cofondateurs, il s’agissait d’« ajouter à l’expérience » de la mort dans un lieu « très design qui fait plus spa que cimetière ».


« On a essayé de faire le contraire de ce que les gens critiquent dans les cimetières, notamment le fait d’être écrasé par l’omniprésence de la mort. » Son cimetière voué seulement aux corps incinérés se veut « moins cartésien », dit-il. « On essaye d’être très contemporain. » Comme d’autres entreprises du genre, Les Sentiers offrent un terrain de jeu pour les enfants, des tables à pique-nique, des sentiers le long desquels on dispose des cendres dans des columbariums ou souvent près d’un arbre. « L’arbre est devenu un symbole très important. »


L’arbre s’enracine comme une pratique de plus en plus dominante. « On me demande même souvent, raconte John Tittel, si ce que fait la compagnie italienne Capsula Mundi est offert au Québec. Il s’agit de prendre un corps non embaumé, de le placer dans la position du foetus et de le placer dans une sorte de coquille biodégradable. On l’enterre et on plante un arbre dessus. L’ADN du corps se mélange ensuite à celui de l’arbre. Il est certain que si c’était offert, ce serait très demandé ici. »



Des esprits forts


Les pratiques à l’égard de la mort ont vraiment beaucoup changé. En 1909, la militante féministe Éva Circé-Côté s’était attiré l’opprobre général de ses compatriotes en voulant faire incinérer les restes de son jeune époux, Pierre-Salomon Côté, connu pour être le médecin des pauvres. Pareils esprits rebelles à l’univers religieux se montrent au départ plus sensibles que d’autres aux avantages de la crémation comme manière de se distinguer.


Pour des esprits libéraux, la crémation constitue en effet une façon symbolique de se libérer des contraintes de l’Église. Amédée Papineau, le fils du révolutionnaire Louis-Joseph Papineau, se fait incinérer en 1903. Honoré Beaugrand, l’ancien maire franc-maçon, demande qu’on fasse de même en 1906. À Montréal, aussi bien dire au Québec, la crémation n’était proposée que depuis 1901 à la suite de l’installation d’un four crématoire au cimetière Mont-Royal, à l’instigation d’hommes d’affaires qui y voyaient entre autres choses l’efficacité d’une époque vouée aux avancées techniques, explique dans son travail l’historien Martin Robert. Dans l’univers chrétien, la crémation n’avait pourtant plus la faveur depuis des siècles. Depuis les années 1970, la faveur de l’incinération est montée en flèche. Sept morts sur dix sont désormais incinérés. Très souvent, on ne sait plus bien où se trouvent les morts.


« Il existe de plus en plus une confusion entre la vie et la mort », explique Luce Des Aulniers. « Il y a un refus clair de la mort à travers des formes diverses de sa banalisation. Par exemple, ce n’est pas forcément une façon d’apprivoiser la mort que d’avoir une urne funéraire sur la cheminée de son salon. Quand est-ce qu’on en a alors fini avec la mort ? La conduite du deuil a un sens. Les gestes comptent. Les morts doivent se trouver à la place des morts. Les anthropologues vous le diront ! »



La négation de la mort


« Je trouve que cette loi touche à beaucoup de choses, mais du bout des lèvres, au nom de la santé publique et de la dignité humaine », observe Luce Des Aulniers. « La santé publique, on voit ce que ça peut être, mais la “dignité humaine” est devenue le plus grand fourre-tout qui se puisse imaginer. »


On aura beau légitimer de nouvelles pratiques, légiférer sur des modalités à l’égard de la mort, le sens profond de la disparition se trouve mis en déroute dans une loi pareille, estime-t-elle. On n’a pas réfléchi en somme aux changements profonds qui se sont opérés dans nos sociétés. « En contrôlant les réalités matérielles, on se donne l’impression d’avoir une prise sur les réalités de la mort. On se donne une impression d’invulnérabilité. »


Et quelles sont les motivations profondes de tout cela ? « S’il y a un endroit où on fait de l’argent désormais, dit Luce Des Aulniers, c’est bien avec la mort. Pensez seulement à ce phénomène de réduction des cendres en bijoux à conserver sur soi. On a hypermatérialisé les restes ! L’entreprise funéraire va finir par payer pour ces excès comme l’Église catholique a payé pour les siens. »



Jean-François Nadeau
Le Devoir

Tar sands in ALBERTA, Canada

Son pétrole, notre problème

Selon le Globe and Mail, Mme Notley aurait tenu les propos suivants concernant le projet Énergie Est : « Des dizaines de milliards de dollars de revenu, à partager entre toutes les provinces, sont en jeu sur notre accès à d’autres marchés pour notre pétrole. »


D’après une étude de KPMG parue en 2013, la répartition entre les provinces des retombées économiques de l’exploitation du pétrole au Canada pour l’année 2012 était la suivante : 77 % pour l’Alberta, 10 % pour la Saskatchewan, 8 % pour l’Ontario, 3 % pour la Colombie-Britannique, 2 % pour le Québec et moins de 1 % pour les autres provinces.


Ces chiffres nous rappellent qu’il n’y a pas de partage des revenus du pétrole entre les provinces parce que le Canada ne possède pas de pétrole et n’exporte pas de pétrole — le pétrole appartient aux provinces pétrolières et les revenus perçus par les autres provinces ne proviennent pas de la vente du pétrole, mais seulement des retombées indirectes liées à l’activité économique générée par l’exploitation pétrolière.



Yann Jacques, Montréal PQ, le 26 janvier 2016
Le Devoir


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Le SEGMENT SUR LE PIPELINE d’Infoman répondait à ‘Rick Mercer rants to Montreal’s Denis Coderre, saying Energy East is needed’ et nous aimerions ajouter au dossier ces deux satires consécutives :





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Les États-Désunis du Canada (2012) de MICHEL BARBEAU, GUYLAINE MAROIST & ÉRIC RUEL (December 8, 2015)


Les États-Désunis du Canada (2012) de MICHEL BARBEAU, GUYLAINE MAROIST & ÉRIC RUEL

QUÉBEC – Plus de 200 000 Néo-Québécois, soit 20 % de la population immigrée au Québec, ne parlent pas français. La plupart de ces immigrants, soit 160 000, parlent anglais. En dépit de la sélection prioritaire de candidats connaissant le français — 60 % du total —, l’immigration continue de contribuer au déclin du français, surtout dans la région de Montréal.


C’est ce que signale un portrait des efforts du Québec en matière de francisation et d’intégration intitulé Le Québec rate sa cible. Commandité par la CSN, le Mouvement national des Québécois, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et le Mouvement Québec français, le document exhaustif de 130 pages, rédigé par le chercheur Jean Ferretti de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), s’appuie sur des données du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) et de Statistique Canada ainsi que sur diverses études de chercheurs comme Marc Termotte, Paul Béland, Michel Pagé, Brahim Boudarbat, Gilles Grenier, Patrick Sabourin et Guillaume Marois.


« On dirait que par négligence, le gouvernement du Québec refuse de voir l’impact de l’immigration sur le français à Montréal », a affirmé Jean Ferretti au Devoir.


« La politique migratoire menée depuis 1991 ne permet pas d’atteindre l’objectif du [ministère] de pérenniser le français. Les efforts de sélection ont permis de hausser la part d’immigrants connaissant le français, mais ne sont pas suffisants pour endiguer le déclin du français », écrit Jean Ferretti.



Concurrence linguistique


Le Québec est dans une situation particulière par rapport à d’autres sociétés, note-t-il. « L’adoption de la langue de la majorité par les immigrants ne va pas de soi. À Montréal, la possibilité de vivre dans la langue de son choix et la forte présence des anglophones du Québec créent une situation de concurrence linguistique qui limite les transferts linguistiques vers le français. »


Jean Ferretti cite Paul Béland, qui a démontré que les immigrants de langue maternelle latine ou originaires de la Francophonie, quelle que soit leur langue maternelle, sont enclins à adopter le français, alors que c’est l’inverse pour les immigrants de langue maternelle non latine. Depuis 1971, la proportion des immigrants de langue latine qui adoptent le français a augmenté à 87 %, tandis que le transfert vers le français des immigrants de langue non latine est resté le même en 30 ans, à 15 %.


Ainsi 88 % des Latino-Américains et 90 % des Arabes installés au Québec connaissent le français, alors que plus de 40 % des Chinois et des Sud-Asiatiques ne connaissent pas le français. Dans le cas des Philippins, 58 % d’entre eux ne parlent pas français.


Pour préserver le caractère français du Québec, il importe non seulement de recruter une forte proportion d’immigrants qui connaissent le français, mais il faut choisir parmi les immigrants qui ne connaissent pas le français ceux qui sont les plus aptes à adopter la langue commune, estime l’auteur.


Si le gouvernement du Québec poursuit la même politique en matière d’immigration qu’à l’heure actuelle, le poids démographique des francophones continuera de diminuer. Reprenant les projections des démographes Guillaume Marois et Marc Termotte, les francophones ne représenteraient plus que 75 % de la population du Québec dans 40 ans, contre 82 % en 2006. Si le seuil d’immigration de 50 000 à l’heure actuelle était porté à 65 000 — Philippe Couillard a déjà indiqué son intention d’augmenter le nombre d’immigrants reçus au Québec —, le poids des francophones s’élèverait à 73 %.


De son côté, Marc Termotte évalue qu’avec un seuil de 60 000 immigrants par an, la proportion de francophones sur l’île de Montréal passerait de 52,4 % [donnée de 2011] à 42,3 % en 2056. Ces projections, qui montrent un accroissement de la présence des allophones (de 23 % à 34 %) ne tiennent pas compte des transferts linguistiques au terme de la deuxième génération d’immigrants.



Langue de travail


Jean Ferretti poursuit son portrait en se penchant sur la langue de travail, la francisation des immigrants et le bilinguisme institutionnel du gouvernement du Québec. Après des progrès considérables à la suite de l’application de la loi 101 à compter de la fin des années 70, la part des travailleurs dans la région de Montréal qui parlent principalement le français au travail n’a cessé de diminuer depuis 1989, passant de 85 % à 80 %. Sur l’île de Montréal, ce sont 66 % des travailleurs qui utilisent le français au travail la majorité du temps.



Robert Dutrisac
Le Devoir


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Between the Solitudes (1992) by ABBEY JACK NEIDIK (January 13, 2016)
La langue à terre (2013) de JEAN-PIERRE ROY & MICHEL BRETON (January 8, 2016)
“What are Anglophones in Québec really like ?” (December 6, 2015)
L’invention d’une minorité: les Anglo-Québécois (1992) de JOSÉE LEGAULT (May 31, 2015)

Looking for a job is never easy. You can’t always be as choosy as you would like to be. I know I wanted to use French at my work, both written and spoken. However, job markets require that we all make a lot of compromises and consequently, we accept things that stray from what is better suited for us. I am certainly not an exception to this. For a few years, I worked in a large multinational in Ville-St-Laurent with colleagues that were about 80% anglophone. That bothered me, as I didn’t come to live in Québec to end up in the same environment I had in Minnesota.


I suppose it could be considered normal that it was so overwhelmingly anglophone, since the written documentation for the project on which we were working was to be produced in English. So I rather begrudgingly went to work, often saddened on the inside that I had to listen to all these anglophones drone on and on all around me. I would ask myself : “What am I doing? Why did I come here? I might as well have stayed in Minnesota where I was comfortable and knew my way around, because this office environment is exactly the same as one in Minnesota (or Ontario, or Manitoba, or Texas, or anywhere else).”


On a more mundane level, it was weird hearing things called the Champlain Bridge or Nun’s Island (instead of how I was used to calling them, le pont Champlain and Île-des-Sœurs). On a level a bit more complex, because I talked in the same language and accent, these people usually thought I was one of them. So they spoke rather freely around me regarding Quebecers : “Anne-Sophie is stupid and makes so many mistakes in her English” or “Quebecers are racist” or “Pauline Marois is cunt who should die”… At some point, one of them put up a huge Canadian flag on the office wall. I talked about putting up a Québec flag, which was greeted with a “oh, I didn’t know you were a separatist.” Something tells me that putting up a Franco-Ontarian, Catalan, Scottish or Norwegian flag would have been just fine though.


One time I got into something of a discussion with this second-generation-says-she’s-Greek colleague of mine about how little she knew about Québec popular culture (Québec media personalities/actors/singers/authors). Actually, she couldn’t name any (though she had heard of Mitsou…). Despite her complete lack of knowing anything about the cultural life of Québec and Montréal, in her own little head, she is a true Montrealer, much more so than I could ever hope to be. She also thought that Quebecers were racist.


Another person I worked with was a second generation francophone/allophone whose parents were Hungarian. She is what the media calls an enfant de la loi 101—with no allegiance to the Québec nation. Like most of the enfants, she views English and French languages as exactly the same and does whatever is the easiest while out in the world. Unfortunately, the French Language Charter, law 101 (or bill 101 as the anglophone media calls it, even though it hasn’t been a bill since 1977) hasn’t been as successful at making francophone Quebecers instead of bilingual Canadians. They can interact without any problems with their host society, to the point of getting all the societal codes and unsaid aspects, but they refuse that society’s grand ambitions. And this colonized reflex to celebrate and applaud those who despise their host society (such as Sugar Sammy), without paying any attention to the facts, makes them look down upon Quebecers as a conquered people with the confidence of the dominant, dafault party.


Then there was the anglophone Annabella of Italian origins, a huge busybody, always organizing Panini lunches and collecting money for this or that social gathering, a third of the time speaking in a English-heavy franglais, the rest of the time in English, all the while claiming to be perfectly bilingual, telling me that Montrealers say “Park Avenue” and not Avenue du parc. Another Montréal stereotype could be found in the actually-from-China Chinese dude, always purring in a sing-song accented English, not knowing a word of French and being very impressed that I could speak it. That however is less common than the self-flagellating francophone.


One francophone woman spoke with an accent in English as well as making plenty of mistakes in both written and spoken English. However, she prided herself on her English identity and considered herself anglophone, with a French side, because as a sickly child, she spent a considerable amount of time at the anglophone Montréal Children’s hospital (as opposed to the much larger francophone children’s hospital Sainte-Justine) which, in her mind, made her an anglophone. Other whipped francophones coming to mind was one who particularly crushed his French origins in a very Trudeau-esque way, which I found more heartbreaking than infuriating.


The angryphones were the funniest though. Sometimes, when the subject of Québec or the French language came up, they got so hysterical that you’d think francophones were drowning puppies and torturing kittens. At a team spirit building get together one evening, some months after the 2012 Québec elections, Mitch was spitting fire about how the province was still filled with a bunch of racists who still vote for that racists party (the PQ). When I questioned his own integration, he said he was from a generation where people didn’t do that. Okay, whatever… what about your two kids? Why don’t you send them to French school and speak English to them at home? Oh, the horror! He said they would never learn to read or write in English at the French school, never mind that our allophone second generation Hungarian immigrant colleague was able to do it, along with countless others. Besides, he had heard that the French schools were of inferior quality.


There was the banal and formulaic James, who barely can muster a sentence or two in French, but was always spouting hockey metaphors (“I want this mandate to be a puck in the net”). Can’t forget that oaf Ben, a Homer Simpson type who wanted Madame Marois to “suffer a horrible death” or that dreadful Ontarian woman, now living in NDG (it’s too much work for anglophones to say Notre-Dame-de-Grâce) with an aggressive, anti-Québec attitude, however married to another one of those self-erasing francophones.


Of all of them in that office, Natalie really took the cake. A rather dull and silly Ontarian, married to what she called a “Franco-American” (whatever that means—I could be considered a Franco-American, being that my mom’s family comes from Québec and I grew up in the United States). She took herself very seriously and was always touting her Concordia education (?) and expertise in the work we were doing. When talking about protecting French in Anglophone North America, she retorted in a tone of profound wisdom: “why can’t Francophones just be bilingual?” That way, she reasoned, they can have the best of both worlds. She didn’t have anything wise to say about herself though, when I asked about her own missing out on the best of both worlds (she didn’t speak French either).


I did have a soft spot for one of them though, a certain Dorothy, about 20 years older than me, living in Montréal-Ouest with her husband and young son. We got along really well from day one. Had we worked together outside of Québec, there really wouldn’t have been any problem between us. Nevertheless, when it came to Québec and French, she fell into the same trap as the majority of anglophones. To give her credit, she did speak it a little, with a heavy accent and hardly any vocabulary. She was sending her son to French school and hired a tutor to help him with his written and spoken French. She was more open than other people of her ilk, she just naïvely believed in the idea of “Canada”. Her husband was a nice person too, from New Brunswick. He too fell into that tired old anti-francophone trap, talking about how Acadians kept their distance and “wanted nothing to do with us”. Probably a gross exaggeration, especially when the Acadians are all bilingual and are used to working with Anglophones. He is just another unilingual soul in the anglophone mass culture. Seriously, who’s got a bad track record regarding hostility—Acadians or anglophones?


Now I must add that Montréal’s anglophones, as people, are not bad. They are ordinary working folks, trying to make ends meet and to get along in the hectic modern world. It’s true that they live in a bubble and if you remove the fact that they are contributing to the slow but sure destruction of Québec, whether they can see it or not, they are nothing more than the ordinary, run-of-the-mill populace found all over the North American continent. They could make themselves at home just about anywhere in North America. What about Quebecers? Aside from Montréal, what other important metropolis is there for the North American French speaker? Anglophones have their English language mass culture everywhere. Why do they think they are special and under attack from a nation of 7 million when they are over 300 million? Isn’t it plain as day that what deserves protection are the francophone institutions?


Why don’t anglophones take an interest in their surrounding community? Do they not realize that without French, Montréal would be just another North American anglophone city? If they valued Montréal’s difference, why don’t they help contribute to that said difference, instead of indirectly destroying it? They harp on and on about diversity and accepting everyone. Why can’t they see that North America’s French-speaking society is real diversity?


Anyone who isn’t a hysterical anglophone living in Montréal, frothing at the mouth when spoken to in French, can see that.



An American in Québec
‘Québec through the eyes of someone having grown up in the United States.’


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Sorry, I dont speak French!

ÉMILIE DUBREIL, Urbania, 16 Mars 2009


Je vis dans un quartier branché, habité par des redingotes hassidiques, des robes de deuil portugaises et les jupes à «raz le plaisir» de filles venues de Toronto pour flâner indéfiniment dans nos rues accueillantes.


Il y a cent ans, le Mile End était une petite ville indépendante avec son hôtel de ville, son église et une population majoritairement canadienne française. Au détour de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs sont venus s’y installer en si grand nombre que la langue parlée par la majorité était le Yiddish. Au cours des années 1970, les Italiens et les Portugais y ont peu à peu remplacés les Juifs partis s’installer dans l’ouest et ont ouvert des commerces. Si bien qu’on retrouve, chez nous, les meilleurs cafés Italiens, des épiceries portugaises, des boucheries hébraïques et les meilleurs bagels au monde. Un quartier formidable donc et qui attire, pour cette raison même, une nouvelle ethnie toute blanche : le Canadien anglais. Mais attention, pas n’importe quelle sorte : l’alter mondialiste/écolo/ conscientisé/ artiste/et curieux de tout…sauf de la société québécoise. Il y a quelques années déjà que j’étudie cette ethnie avec attention et je m’étonne encore de l’incontournable : « Sorry, I don’t speak french » prononcés par des êtres aussi scolarisés qui disent avoir choisi de vivre à Montréal, P.Q., parce que la ville vibre distinctement de Toronto, Halifax, Calgary ou Vancouver.


Dans notre inconscient collectif, dans le mien du moins, l’unilingue anglophone de Montréal est incarné par une vieille dame de Westmount qui fait du bénévolat au Musée des beaux arts. Elle parle très bien le français à Paris, mais jamais ici. Son mari est avocat et membre du Parti libéral du Canada. Le couple se lève plus tôt le matin pour détester plus longtemps le PQ et la loi 101. Ils lisent la Gazette et croient que les francophones sont tous xénophobes. J’ai travaillé au Musée des beaux arts de Montréal pendant mes études et cette race-là, je la connais bien.


Cet unilinguisme-là ne me dérange pas le moins du monde, il me fait sourire par son anachronisme attendrissant. Il nous rappelle pourquoi le Québec a connu des luttes linguistiques, il est le symbole d’une époque révolue, celle où ma mère exigeait qu’on lui adresse la parole en français chez Eaton. Leur « Sorry I do not speak french » est imbriqué dans la culture québécoise, alors que l’unilinguisme de mes contemporains du Mile-End traduit une indifférence que je ne m’explique pas et qui m’insulte. Ils sont aussi incapables de discuter en français que de nommer le Premier ministre du Québec ou le maire de Montréal, et ne savent pas si Hochelaga Maisonneuve se trouve à l’est ou à l’ouest de la rue McGill.


La première fois que j’ai rencontré cette indifférence linguistique et culturelle, c’est il y a à peu près dix ans. Une amie m’invite à une fête, chez Amy, une cinéaste torontoise qui vit à Montréal depuis sept ou huit années. Elle vient de réaliser un documentaire sur les femmes lesbiennes en Afrique noire. Devant ses amis, elle est fière de dire qu’elle a dû apprendre le swahili pour entrer en contact avec les gens du pays. Impressionnée, je lui demande en français si l’apprentissage du swahili a été ardu, elle me répond : « Sorry? » avec l’air perplexe de celle à qui on adresse la parole dans une langue inconnue. Je lui repose la question en anglais avant de m’étonner : « You’ve been living here for seven years and you don’t speak French?! », complètement incrédule devant cette curiosité linguistique paradoxale. Elle me répond, sans saisir à quel point sa réponse est ironique : « French… It’s really hard for me! »


Débute alors une conversation animée. La plupart des convives vivent au Québec depuis plusieurs années et ne parlent pas un christ de mot de français ! Le fait que je veuille comprendre pourquoi, s’ils ne peuvent communiquer avec 85 % de la population, ils sont venus s’installer ici, les exaspère. Rapidement, l’un d’entre eux s’énerve : « Les francophones sont racistes, nous avons le droit de parler anglais ici, etc. » Manifestement, ça le dérange d’être confronté à un manque de curiosité intellectuelle qu’il refuse d’admettre. Le type est musicien, a fait le tour du monde, mange de la bouffe indienne et, pourtant, l’ethnie et la langue québécoises ne l’intéressent absolument pas.


L’amie francophone qui m’avait invitée à la fête était verte de honte. Elle étudiait à Concordia et était gênée de moi comme une adolescente qui ramène ses amis à la maison. Elle ne voulait surtout pas qu’il y ait de chicane, que ses amis unilingues l’associent à une lutte linguistique qu’elle désapprouvait. Stéphanie aurait souhaité qu’on admire son amie qui parle swahili sans soulever le fait qu’elle ne parlait pas le français puisqu’après tout, c’était son choix et qu’il fallait le respecter.


Depuis, cette histoire se répète inlassablement. Et je continue le combat. Pas plus tard qu’hier, dans un café, rue St Viateur, un type me drague. Il me déclare, en anglais, que j’ai des yeux magnifiques et qu’il aimerait beaucoup m’inviter à souper. Le gars vient d’Halifax, vit à Montréal depuis cinq ans et suit actuellement des cours de chinois… But guess what? Il ne parle pas français! « French is a very difficult », me dit-il. Je lui renvoie alors que le jour où il sera capable de me demander mon numéro en français, je considèrerai son invitation. Il me répond dégoûté que je ne suis qu’une hystérique : « I guess you are P.M.S right now… », se lève et part. Mon amie Nadia, francophone, demeure interdite devant mon intransigeance et me sermonne : « Voyons t’es ben pas fine ! »


Alors que j’ai rencontré, lorsque je vivais à Toronto ou à Vancouver, de nombreux Canadiens anglais curieux du Québec, de notre langue et de notre culture, je ne cesse de rencontrer à Montréal ce genre de francophones qui se nient eux-même et ces anglophones déconnectés qui ont élu domicile in the Plateau. And I just don’t get It.


Well, ce n’est pas pour me vanter, mais à la suite de notre conversation, Amy s’est inscrite à un cours de français intensif à Baie-Saint Paul. Elle parle français avec un accent très mignon et s’est trouvé un job à l’Université du Québec à Montréal. Le musicien, aujourd’hui mondialement connu, est le seul à pouvoir donner des entrevues aux médias francophones lorsque son groupe est de passage à Montréal. Il en est très fier. Chaque fois que je les croise dans le Mile End, ils me remercient, en français, de ne pas avoir été fine. Anyway.


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L’invention d’une minorité: les Anglo-Québécois (1992) de JOSÉE LEGAULT (May 31, 2015)
Identité culturelle, sept septembre MMXII, St-Henri, Montréal p.Q. (September 7, 2012)

The Vatican dismissed a priest from his post in a Holy See office on Saturday after he told a newspaper he was gay and urged the Catholic Church to change its stance on homosexuality.


Monsignor Krzystof Charamsa was removed from his position at the Congregation of the Doctrine of the Faith, the Vatican’s doctrinal arm where he had worked since 2003, a statement said.


Charamsa, 43, and a Polish theologian, announced he was gay and had a partner in a long interview with Italy’s Corriere della Sera newspaper on Saturday.


He later held a news conference with his partner, a Spanish man, and gay activists at a Rome restaurant. They had planned a demonstration in front of the Vatican but changed the venue several hours before it was due to have started.


The Vatican said Charamsa’s dismissal had nothing to do with his comments on his personal situation, which it said “merit respect”.


But it said giving the interview and the planned demonstration was “grave and irresponsible” given their timing on the eve of a synod of bishops who will discuss family issues, including how to reach out to gays.


It said his actions would subject the synod, which Pope Francis is due to open on Sunday, to “undue media pressure”.


The issue of homosexuality and the Church has dominated the aftermath of the pope’s visit to the United States last week.


In Saturday’s interview, Charamsa said his partner had helped him come to terms with his sexuality and knew he would have to give up the priesthood, although the Vatican statement made no reference to this outcome.


“It’s time for the Church to open its eyes about gay Catholics and to understand that the solution it proposes to them – total abstinence from a life of love – is inhuman,” he was quoted as saying.


The Catholic Church teaches that homosexuality is not a sin but that homosexual acts are.


The Vatican has been embarrassed by controversy over the pope’s meeting with Kim Davis, a Kentucky county clerk who went to jail in September for refusing to honour a U.S. Supreme Court ruling and issue same-sex marriage licences.


The Vatican said on Friday that “the only real audience” the pope had during his visit to Washington was with a small group that included a gay couple.



Reuters
The Independent


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La névrose chrétienne (1976) par le Docteur PIERRE SOLIGNAC (May 25, 2012)
Le pape dit ne pas juger les homosexuels dans l’Église (July 29, 2013)
Il voulait guérir les gays, il présente ses excuses (July 3, 2013)
Church where toddler’s anti-gay song was filmed: We don’t condone hate (June 7, 2012)

History professor YUVAL NOAH HARARI — author of Sapiens: A Brief History of Mankind — explains why humans have dominated Earth.


70,000 years ago humans were insignificant animals. The most important thing to know about prehistoric humans is that they were unimportant. Their impact on the world was very small, less than that of jellyfish, woodpeckers or bumblebees.


Today, however, humans control this planet. How did we reach from there to here? What was our secret of success, that turned us from insignificant apes minding their own business in a corner of Africa, into the rulers of the world?


We often look for the difference between us and other animals on the individual level. We want to believe that there is something special about the human body or human brain that makes each individual human vastly superior to a dog, or a pig, or a chimpanzee. But the fact is that one-on-one, humans are embarrassingly similar to chimpanzees. If you place me and a chimpanzee together on a lone island, to see who survives better, I would definitely place my bets on the chimp.


The real difference between us and other animals is on the collective level. Humans control the world because we are the only animal that can cooperate flexibly in large numbers. Ants and bees can also work together in large numbers, but they do so in a very rigid way. If a beehive is facing a new threat or a new opportunity, the bees cannot reinvent their social system overnight in order to cope better. They cannot, for example, execute the queen and establish a republic. Wolves and chimpanzees cooperate far more flexibly than ants, but they can do so only with small numbers of intimately known individuals. Among wolves and chimps, cooperation is based on personal acquaintance. If I am a chimp and I want to cooperate with you, I must know you personally: What kind of chimp are you? Are you a nice chimp? Are you an evil chimp? How can I cooperate with you if I don’t know you?


Only Homo sapiens can cooperate in extremely flexible ways with countless numbers of strangers. One-on-one or ten-on-ten, chimpanzees may be better than us. But pit 1,000 Sapiens against 1,000 chimps, and the Sapiens will win easily, for the simple reason that 1,000 chimps can never cooperate effectively. Put 100,000 chimps in Wall Street or Yankee Stadium, and you’ll get chaos. Put 100,000 humans there, and you’ll get trade networks and sports contests.


Cooperation is not always nice, of course. All the terrible things humans have been doing throughout history are also the product of mass cooperation. Prisons, slaughterhouses and concentration camps are also systems of mass cooperation. Chimpanzees don’t have prisons, slaughterhouses or concentration camps.


Yet how come humans alone of all the animals are capable of cooperating flexibly in large numbers, be it in order to play, to trade or to slaughter? The answer is our imagination. We can cooperate with numerous strangers because we can invent fictional stories, spread them around, and convince millions of strangers to believe in them. As long as everybody believes in the same fictions, we all obey the same laws, and can thereby cooperate effectively.


This is something only humans can do. You can never convince a chimpanzee to give you a banana by promising that after he dies, he will go to Chimpanzee Heaven and there receive countless bananas for his good deeds. No chimp will ever believe such a story. Only humans believe such stories. This is why we rule the world, whereas chimps are locked up in zoos and research laboratories.


It is relatively easy to accept that religious networks of cooperation are based on fictional stories. People build a cathedral together or go on crusade together because they believe the same stories about God and Heaven. But the same is true of all other types of large-scale human cooperation. Take for example our legal systems. Today, most legal systems are based on a belief in human rights. But human rights are a fiction, just like God and Heaven. In reality, humans have no rights, just as chimps or wolves have no rights. Cut open a human, and you won’t find there any rights. The only place where human rights exist is in the stories we invent and tell one another. Human rights may be a very attractive story, but it is only a story.


The same mechanism is at work in politics. Like gods and human rights, nations are fictions. A mountain is something real. You can see it, touch it, smell it. But the United States or Israel are not a physical reality. You cannot see them, touch them or smell them. They are just stories that humans invented and then became extremely attached to.


It is the same with economic networks of cooperation. Take a dollar bill, for example. It has no value in itself. You cannot eat it, drink it or wear it. But now come along some master storytellers like the Chair of the Federal Reserve and the President of the United States, and convince us to believe that this green piece of paper is worth five bananas. As long as millions of people believe this story, that green piece of paper really is worth five bananas. I can now go to the supermarket, hand a worthless piece of paper to a complete stranger whom I have never met before, and get real bananas in return. Try doing that with a chimpanzee.


Indeed, money is probably the most successful fiction ever invented by humans. Not all people believe in God, or in human rights, or in the United States of America. But everybody believes in money, and everybody believes in the dollar bill. Even Osama bin Laden. He hated American religion, American politics and American culture — but he was quite fond of American dollars. He had no objection to that story.


To conclude, whereas all other animals live in an objective world of rivers, trees and lions, we humans live in dual world. Yes, there are rivers, trees and lions in our world. But on top of that objective reality, we have constructed a second layer of make-believe reality, comprising fictional entities such as the European Union, God, the dollar and human rights.


And as time passes, these fictional entities have become ever more powerful, so that today they are the most powerful forces in the world. The very survival of trees, rivers and animals now depends on the wishes and decisions of fictional entities such as the United States and the World Bank — entities that exist only in our own imagination.



Yuval Noah Harari
ideas.ted.com


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The Trap: What Happened to Our Dream of Freedom (2007) produit par ADAM CURTIS
(December 9, 2011)
In girum imus nocte et consumimur igni (1978) de GUY DEBORD (October 22, 2011)
The Century Of Self (2002) by ADAM CURTIS (December 23, 2010)

Liturgie Apocryphe

"The production of nervous force is directly connected with the diet of an individual, and its refining depends on the very purity of this diet, allied to appropriate breathing exercises.

The diet most calculated to act effectively on the nervous force is that which contains the least quantity of animal matter; therefore the Pythagorean diet, in this connection, is the most suitable.

...

The main object was to avoid introducing into the organism what Descartes called 'animal spirits'. Thus, all animals that had to serve for the nourishment of the priests were slaughtered according to special rites, they were not murdered, as is the case nowadays".